Band 
Tome premier.
Seite
259
JPEG-Download
 

2 %

« mesures, que j’entendis partir de toutes parts les« e'clats de rire. Chacun me félicitait sur mon joli« goût de chant; on m’assurait que ce menuet ferait« parler de moi, et que je me'ritais d’être chanté« partout. Je n’ai pas besoin de dépeindre mon an-ci goisse, ni d’avouer que je la méritais bien.

«Le lendemain, l’un de mes symphonistes, ap-« pelé Lutold, vint me voir, et fut assez bon homme« pour ne pas me féliciter sur mon succès. Le pro-« fond sentiment de ma sottise, la honte, le re-« gret, le désespoir de l’état où j’étais réduit, l’im-« possibilité de tenir mon cœur fermé dans ses« grandes peines, me firent ouvrira lui: je lâchai« la bonde à mes larmes, et, au lieu de me con-« tenter de lui avouer mon ignorance, je lui dis« tout, en lui demandant le secret, qu’il me promit,« et qu’il me garda comme on peut le croire. Dès« le même soir tout Lausanne sut qui j’étais, et, ce« qui est remarquable, personne ne m’en fit sem-« blant, pas même le bon Perrotet (i), qui, pour

(i) C’est le nom de l’aubergiste chez qui le peu fortunéJean-Jacques s’était logé. Rousseau lui donnait cinq écitsblancs (*), par mois, pour sa nourriture : il n’avait qu’unesoupe pour son dîner ; mais le soir il faisait un repas plussolide.

(*) Environ trente francs*