tre un fait assez plaisant que je tiens d’une personnequi en fut presque témoin oculaire. L’ingénieux au-teur de Caroline, M me de Montolieu (i), avait ins-piré une forte passion à l’historien anglais, qui,malgré la monstruosité de sa figure et de sa taille,se croyait sérieusement capable de faire des con-quêtes. Un jour qu’il se trouvait seul, pour la pre-mière fois, avec cette dame, il se jeta à ses genouxen lui avouant son affection violente dans les termesles plus vifs et les plus tendres. M m de Montolieu,étonnée d’une pareille déclaration, répondit sur unton qui devait empêcher dorénavant qu’on ne larenouvelât. Gibbon, consterné, demeurait encoreà genoux, malgré l’invitation pressante de changerde position et de s’asseoir : il était immobile et gar-dait le silence. Mais, monsieur, relevez-vous donc!s’écria vivement M mc de Montolieu; relevez-vousdonc, je vous en conjure!... — Hélas! madame, ré-pondit enfin le malheureux suppliant, ...je ne puispas!... En effet la pesanteur de son corps ne luipermettait point de se relever sur ses jambes, et ilfaisait de vains efforts pour obéir à l’injonction deM me de Montolieu. Celle-ci, fatiguée d’une scène
(i) Alors madame de Crousaz.
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