8î2 LIVRE II, CHAPITRE 7.
La main-d’œuvre des gens qui ne vivent pas uni-quement de leur travail, est moins chère que celle desouvriers en titre. Ils sont nourris ; le prix de leur tra-vail n’est donc point, pour eux, réglé sur la nécessitéde vivre. Il y a telle fileuse dans de certains hameauxqui ne gagne pas la moitié de sa dépense, bien que sadépense soit modique ; elle est mère ou fille, sœur ,tante ou belle-mère d’un ouvrier qui la nourrirait,quand même elle ne gagnerait absolument rien. Si ellen’avait que son travail pour subsister, il est évidentqu’il faudrait qu’elle en doublât le prix ou qu’elle mou-rût de faim ; en d autres termes, que le travail fût payéle double ou n’eût pas lieu.
Ceci peut s appliquer a tous les ouvrages des fem-mes. En général ils sont fort peu payés , par la raisonqu’un très-grand nombre d’entre elles sont soutenuesautrement que par leur travail, et peuvent mettredans la circulation le genre d’occupations dont ellessont capables, au - dessous du taux ou le fixeraientleurs besoins.
On en peut dire autant du travail des moines oudes religieuses. Dans les pays où il y en a, il est fortheureux pour les vrais ouvriers qu’ils ne fabriquentque des futilités ; car s’ils fesaient des ouvrages d’uneindustrie courante, les ouvriers dans le même genrequi ont une famille à soutenir, ne pourraient pointdonner leur ouvrage à si bas prix sans périr debesoin.