184 LIVRE III, CHAPITRE 2.
Il fait place, dira-t-on, a un nouveau produit ; Il enrend la création necessaire. Peut-être, mais pourcréer ce nouveau produit, il faudra une nouvelleconsommation tout-à-fait autre. Remarquons en pas-sant qu une consommation reproductive fait place demême a un nouveau produit, et en rend la créationnécessaire.
Ce ne sont point ici des subtilités métaphysiques ;on verra plus tard que c’est faute de comprendre cesprincipes , qu’on est souvent entraîné dans la pratiqueà des operations fatales a la prospérité des états.
Quelquefois on consomme les produits qu’on asoi-même créés ; ainsi font le cultivateur qui mangede ses fruits ou des animaux de sa basse-cour , le ma-nufacturier qui se vêtit de ses étoffes ; mais commeles objets de notre consommation sont bien nombreuxet bien variés en proportion de ceux que nous pro-duisons , la plupart des consommations n’ont lieu quala suite d’un achat. Après que nous avons échangécontre de l’argent, ou reçu sous forme de monnaie,les valeurs qui composent notre revenu , nous échan-geons de nouveau ces valeurs contre les objets quenous nous proposons de consommer. C’est ce qui faitque pour le vulgaire, dépenser et consommer signi-fient la même chose. Ce n’est pourtant pas en ache-tant qu’on perd la valeur qu’on possède ; car apresavoir acheté une chose, çlle a encore sa valeur, etl’on peut, si elle n’a pas été surpayée, la revendre