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LIVRE III, CHAPITRE 5.
Est-ce manquer d’économie que de dépenser toutson revenu ?
Je le crois. La prévoyance prescrit de faire la partdes evénemens. Qui peut répondre de conserver tou-jours sa fortune toute entière ? Quelle est la fortunequi ne dépende en rien de l’injustice, de la mauvaisefoi ou de la violence des hommes ? N'y a-t-il jamaiseu de terres confisquées ? Aucun vaisseau n’a-t-il ja-
porc s'échappa et gagna les bois. Voilà tous les gens en cam-pagne : le jardinier , l a cuisinière , la fille de basse-cour sor-tirent chacun de leur côté en quête de l’animal fugitif. Lejardinier fut le premier qui l’aperçut, et en sautant un fossépour lui barrer un passage, il se fit une dangereuse foulurequi le retint plus de quinze jours dans son lit. La cuisinièretrouva brûlé du linge qu’elle avait abandonnné près du feupour le faire sécher ; et la fille de basse-cour ayant quittél’étable sans se donner le temps d’attacher les bestiaux , unedes vaches, en son absence, cassa la jambe d un poulain qu’onélevait dans la même écurie. Les journées perdues du jardi-nier valaient bien vingt écus, le linge et le poulain en valaientbien autant : voilà donc, en peu d’instans, faute d’une fer-meture de quelques sous, une perte de quarante écus , sup-portée par des gens qui avaient besoin de là plus stricte éco-nomie , sans parler des souffrances causées par la maladie, nide l’inquiétude et deS autres inconvéniens étrangers à la dé-pense. Ce n’étaient pas de grands malheurs ni de grossespertes ; cependant quand on saura que le défaut de soin re-nouvelait de pareils accidens tous les jours, et ou il entraînafinalement la ruine d’une famille honnête, on conviendra qu’ilvalait la peine d’y faire attention.