a38 LIVRE III, CHAPITRE G.
pour la nation, un avantage égal aux sacrifices qu’elleslui coûtent. Toute l’habileté de l’administration con-siste donc à comparer perpétuellement et judicieuse-ment l’étendue des sacrifices imposés avec l’avantagequi doit en revenir à la nation ; et tout sacrifice dis-proportionné avec cet avantage, je n’hésite pas à ledire, est une sottise ou un crime de l’administration.
Que serait-ce donc si les folles dépenses des mau-vais gouvernemens ne se bornaient pas à dissiper lasubstance des peuples (i), et si plusieurs de leursconsommations, loin de procurer un dédommagementéquivalent, préparaient au contraire des infortunessans nombre ; si les entreprises les plus extravaganteset les plus coupables étaient la suite des exactions lesplus criminelles ; et si les nations payaient presquetoujours de leur sang l’avantage de fournir de l'argentde leur bourse ? ,
Il serait triste qu’on appelât déclamations des véri-tés qu’on n’est forcé de répéter, que parce qu ons’obstine à les méconnaître.
Les consommations ordonnées par le gouverne-
(1) On a vu, Livre II, cliap. 11, que la population se pro-portionnant toujours à la production, si l’on empêclie lesproduits annuels de se multiplier , on empêche les hommesde naître, et qu’on les massacre en gaspillant les produits déjàcréés. Sous un mauvais gouvernement cette cause fait périrbeaucoup plus de monde que les guerres quelque meurtrièresqu’on les suppose.