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LIVRE PREMIER.
Dec. 1799 . une œuvre savante et compliquée, mais où toutes choses setenaient; et si cette constitution, remaniée par, et pour le gé-néral Bonaparte, était privée de l’un de ses contre-poids, ellepouvait, contre l’intention de son auteur, aboutir tout simple-ment au despotisme.
Le premier soin de M. Sieyès dans ses combinaisons, avaitété de se garder des passions démagogiques. Sans dépouillercomplètement la nation de cette immense participation auxaffaires publiques, dont elle avait joui si malheureusementpour elle-même, il voulait lui laisser un pouvoir dont elle nepût pas abuser. Un mot qui, pour la première fois peut-être,se trouvait dans toutes les bouches, celui de gouvernementreprésentatif, donne une idée exacte de l’état des esprits àcette époque. On entendait par ce mot que la nation devaitprendre part à son gouvernement, seulement par intermé-diaires, c’est-à-dire qu’elle devait être représentée ; et, commeon va le voir, c’était très-indirectement qu’on voulait qu’ellele fût.
Les élections sous le Directoire avaient tour à tour amené,les royalistes à une époque, les Jacobins à une autre, et ilavait fallu exclure violemment les premiers au 18 fructidor,les seconds au 22 floréal. Aussi le système des élections, etsurtout des élections directes, était-il fort suspect à tout lemonde. Peut-être, si on avait osé réduire le nombre total desélecteurs à cent cinquante ou deux cent mille, aurait-on es-sayé de braver encore une fois les agitations électorales. Maisun corps électoral réduit à peu près aux proportions du nô-tre , aurait blessé les esprits sans les rassurer. Deux centmille électeurs accordés à une nation qui venait de jouir dusuffrage universel, auraient paru une aristocratie ; et, en mêmetemps, des électeurs, quelque peu nombreux qu’ils fussent,nommant directement leurs mandataires, avec liberté de cé-der à toutes les passions du moment, auraient paru un renou-vellement des réactions continuelles, dont on avait été témoin