200
LlYltiï III.
Mars 1800. gocier enfin avec l’Europe. Mais ce n’était pas tout que de con-cevoir des plans, d’en préparer l’exécution, il lui fallait faireentrer ses idées dans la tète de ses lieutenants, qui, quoiquesoumis à son autorité consulaire, n’étaient pas toutefois aussicomplètement subordonnés alors qu’ils le furent plus tard,lorsque, sous le litre do maréchaux d’Empire, ils obéissaientm-sistance à un Empereur. Le plan, prescrit à Moreau surtout, avait
ne Moreau au 1 ' A 7
pian qui lui est bouleversé cette tête froide et timide. Ce général était effrayéde la hardiesse de l’opération qui lui était ordonnée. Nousavons déjà parlé du pays sur lequel il devait opérer. Le lthin,avons-nous dit, coule de l’est à l’ouest, de Constance à Râle,se redresse à Râle pour couler au nord, passant par Rrisach,Strasbourg et Mayence. Dans l’angle qu’il décrit ainsi se trouvece qu’on appelle la Forét-Noire, pays boisé et montagneux,coupé de défilés, qui conduisent de la vallée du Rhin à celledu Danube. L’armée française et l’armée autrichienne occu-paient en quelque sorte les trois côtés d’un triangle: l’arméefrançaise en occupait deux, de Strasbourg à Râle, de Râle àSchaffouse ; l’armée autrichienne un seul, de Strasbourg à Con-stance. Celle-ci avait donc l’avantage d’une concentration plusfacile. M. de K ray, ayant sa gauche sous le prince de Reuss,aux environs de Constance, sa droite dans les défilés de laForét-Noire jusque vers Strasbourg, son centre à Donau-Eschingen, au point d’intersection de toutes les routes, pou-vait se concentrer rapidement devant l’endroit même-queMoreau choisirait pour passer le Rhin, que ce fût de Stras-bourg à Râle ou de Râle à Constance. C’était là le sujet des in-quiétudes du général français. 11 craignait que M. de Kray, seprésentant en masse au point du passage, ne rendit ce pas-sage impossible, peut-être même désastreux.
Le Premier Consul n’appréhendait rien de pareil. 11 croyait,au contraire, que l’armée française pouvait très-facilement se• concentrer sur le flanc gauche de M. de Kray, et l’enfoncer.Pour cela il désirait, comme nous l’avons déjà dit, que, pro-