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LIVRE IV.
Juin 1800. Chaque jour le nombre de nos soldats diminuait ; onles voyait expirer dans les rues, et on avait été obligé deleur permettre, tant ils étaient affaiblis, de s’asseoir en mon-tant la garde. Les Génois découragés ne faisaient plus le ser-vice delà garde nationale, craignant d’étre compromis lorsquebientôt les Autrichiens ramèneraient le parti oligarchique. Detemps en temps de sourdes rumeurs annonçaient que le dé-sespoir des habitants allait éclater, et, pour en prévenir l’ex-plosion, des bataillons avec des canons chargés occupaientles principales places.
Masséna imposait au peuple et à l’armée par son attitudeimpassible. Le respect qu’inspirait ce héros, mangeant lepain affreux des soldats, vivant avec eux sous le feu de l’en-nemi, et supportant, outre leurs souffrances physiques, lessoucis du commandement avec une inébranlable fermeté, lerespect qu’il inspirait contenait tout le monde : il exerçait aumilieu de Gènes désolée l’ascendant d’une grande âme.
Cependant un sentiment d’espérance soutenait encore lesassiégés. Plusieurs aides-de-camp du général, après de cou-rageux efforts, avaient traversé le blocus, et apporté quelquesnouvelles. Les colonels Reille, Franceschi, Ortigoni avaientpassé, et avaient appris, tantôt que le Premier Consul se met-tait en route, tantôt qu’il ' passait les Alpes. L’un d’eux,Franceschi, l’avait laissé descendant le Saint-Bernard. Maisdepuis le 20 mai on n'avait plus de ses nouvelles. Dix et douzejours écoulés dans cette situation paraissaient des siècles, et ouse demandait avec désespoir comment il se pouvait qu’endix jours le général Bonaparte n’eût pas franchi l’espace quisépare les Alpes de l’Apennin. Tel qu’on le connaît, disait-on,il est déjà vainqueur ou vaincu; s’il n’arrive pas, c’est qu’il asuccombé dans cette entreprise téméraire. S’il avait pu dé-boucher en Italie, il aurait déjà saisi le général autrichien, etl’aurait arraché des murs de Gènes. D’autres prétendaient quele général Bonaparte avait considéré l’armée de Ligurie comme