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LIVRE V.
Mars 1800. de la cavalerie turque s’ébranle tout entière. Elle fond surnos carrés, se répand sur leurs ailes, les tourne, et enveloppebientôt les quatre fronts de notre ordre de bataille. L’infan-terie française, que les cris, le mouvement, le tumulte de lacavalerie turque ne troublent point, demeure calme, la baïon-nette baissée, faisant un feu continu et bien dirigé. En vainces mille groupes de cavaliers tourbillonnent autour d’elle; ilstombent sous la mitraille et les balles, arrivent rarementjusqu’il ses baïonnettes, expirent ii ses pieds, ou se détournent,et fuient pour ne plus reparaître.
Après une longue et effroyable confusion, le ciel, obscurcipar la fumée et la poussière, s’éclaircit enfin, le sol se découvre,et nos troupes victorieuses aperçoivent devant elles une massed’hommes et de chevaux, morts ou mourants ; et au loin, aussiloin que la vue peut s’étendre, (les bandes de fuyards cou-rant dans tous les sens.
Le gros des Turcs se retirait en elfet vers El-Kanqah, oùils avaient campé la nuit précédente, sur la route de la Basse-Égypte. Quelques groupes seulement allaient rejoindre lesrassemblements qui, le matin, s’étaient dirigés vers leKaire, à la suite de Nassif-Pacha, le lieutenant du grandvisir.
Kléber ne voulait laisser aucun repos à l’ennemi. Nos car-rés , conservant leur ordre de bataille, traversèrent la plained’un pas rapide, franchissant Seriaqous, El-Morg, et s’avan-cèrent jusqu’à El-Kanqah. Nous y arrivâmes à la nuit ; l’en-nemi, se voyant serré de près, se mit à fuir de nouveau endésordre, laissant à notre armée les vivres et les bagages dontelle avait grand besoin.
Résultats Ainsi, dans cette plaine d’IIéliopolis, dix mille soldats, pardUWiiopMis? l’ascendant de la discipline et du courage tranquille, venaientde disperser 70 ou 80 mille ennemis. Mais, afin d’obtenir unrésultat plus sérieux que celui de quelques mille morts oublessés, couchés sur la poussière, il fallait poursuivre les Turcs,