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LIVRE V.
iuin 1800. l’histoire dos héros de l’antiquité. Il était capricieux, indo-cile et frondeur. On avait dit de lui qu’il ne voulait ni com-mander ni obéir, et c’était vrai. Il obéit sous le général Bo-naparte, mais en murmurant; il commanda quelquefois, maissous le nom d’autrui, sous le général Jourdan, par exemple,prenant par une sorte d’inspiration le commandement au mi-lieu du feu, l’exerçant en homme de guerre supérieur, et, aprèsla victoire, rentrant dans son rôle de lieutenant, qu’il préféraità tout autre. Kléber était licencieux dans ses mœurs et sonlangage, mais intègre, désintéressé, comme on l’était alors;car la conquête du monde n’avait pas encore corrompu lescaractères.
Desaix était presque en tout le contraire. Simple, timide,même un peu gauche, la figure toujours cachée sous uneample chevelure, il n’avait point l’extérieur militaire. Mais,héroïque au feu, bon avec les soldats, modeste avec ses ca-marades , généreux avec les vaincus, il était adoré de l’arméeet des peuples conquis par nos armes. Son esprit solide etprofondément cultivé, son intelligence de la guerre, son ap-plication à ses devoirs, son désintéressement, en faisaient unmodèle accompli de toutes les vertus guerrières; et tandisque Kléber, indocile, insoumis, ne pouvait supporter aucuncommandement, Desaix était obéissant comme s’il n’avait passu commander. Sous des dehors sauvages, il cachait une âmevive et très-susceptible d’exaltation. Quoique élevé à la sé-vère école de l’armée du Rhin, il s’était enthousiasmé pourles campagnes d’Italie, et avait voulu voir de ses yeux leschamps de bataille de Casliglione, d’Arcole et de Rivoli. Ilparcourait ces champs, théâtres d’une immortelle gloire, lors-qu’il rencontra, sans le chercher, le général en chef de l’ar-mée d’Italie, et se prit pour lui d’un attachement passionné.Quel plus bel hommage que l’amitié d’un tel homme? Le gé-néral Bonaparte en fut vivement louché. Il estimait Kléberpour ses grandes qualités militaires, mais ne plaçait personne,