LIVRE VI.
Août 1600.
Irritation duPremier Cousu!en apprenant ledesaveu deM. deS.üiit-Julien.
La question sou-mise au Conseild'Ktat.
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Lorsque le Premier Consul reçut ces nouvelles, il en conçutune vive irritation. 11 était offensé d’abord du désaveu del’officier qui avait traité avec lui, et ensuite il voyait avecchagrin la paix s’éloigner. 11 apercevait surtout, dans la pré-sence de l’Angleterre au milieu de la négociation, une causede délais interminables, car la paix maritime était bien plusdifficile à conclure que la paix continentale. Dans ce moment,et sous l’empire d’une première impression, il voulait faireéclat, dénoncer l’Autriche comme ayant manqué de bonne foi,et recommencer les hostilités sur-le-champ. M. de Talleyrand,sentant bien qu’il s’était mis lui-môme dans son tort, en négo-ciant avec un plénipotentiaire sans pouvoirs, s’efforça de cal-mer le Premier Consul. La matière fut soumise au Conseild’Etat. Ce grand corps, qui n’est plus aujourd’hui qu’un tri-bunal administratif, était alors un vrai conseil de gouverne-ment. Le ministre lui adressa un rapport détaillé. «Le Pre-mier Consul, disait-il dans ce rapport, a jugé à propos deconvoquer extraordinairement le Conseil d’État, et, se confiantà sa discrétion comme à ses lumières, il m’a chargé de luifaire connaître tous les détails les plus particuliers de la négo-ciation qui a été suivie avec la cour de Vienne.» Après avoirexposé cette négociation, comme on aurait pu le faire devantun conseil de ministres, M’. de Talleyrand reconnaissait que leplénipotentiaire autrichien n’avait pas de pouvoirs, qu’ennégociant avec lui on avait dû prévoir la possibilité d’un dés-aveu, qu’en conséquence on ne pouvait sur ce sujet établirune polémique d'apparat, et qu’il fallait renoncer à un éclat.Mais, rappelant l'exemple des négociations pour la paix deWestphalie, qui avaient précédé de beaucoup la signature dutraité de Munster, et pendant lesquelles on avait à la fois né-gocié et combattu, il proposait d’accepter l’ouverture d’uncongrès, et en même temps de recommencer les hostilités.
C’est en effet ce qu’il y avait de plus sage à faire. Il fallaittraiter, puisque les puissances ennemies en adressaient l’offre