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LIVRE VI.
octob. i8co. les affaires d’un grand État: car, pour diriger, il faut de lavolonté, des vues et du travail, et il n’avait aucune de ceschoses. Sa volonté se bornait à plaire, ses vues consistaienten opinions du moment, son travail était nul. C’était, en unmot, un ambassadeur accompli, mais point un ministre diri-geant; bien entendu qu’on ne prend ici cette expression quedans son acception la plus élevée. Du reste, il n’avait pasun autre rôle sous le gouvernement consulaire. Le PremierConsul, quT ne laissait à personne le droit d’avoir un avis surles affaires de guerre ou de diplomatie, ne l’employait qu’ànégocier avec les ministres étrangers, d’après ses propres vo-lontés, ce que M. de Talleyrand faisait avec un art qu’on nesurpassera jamais. Toutefois, il avait un mérite moral, c’étaitd’aimer la paix sous un maître qui aimait la guerre, et de lelaisser voir. Doué d’un goût exquis, d’un tact sûr, mêmed’une paresse utile, il pouvait rendre de véritables services,seulement en opposant à l’abondance de parole, de plume etd’action du Premier Consul, sa sobriété, sa parfaite mesure,son penchant même à ne rien faire. Mais il agissait peu surce maître impérieux, auquel il n’imposait ni par le génie, nipar la conviction. Aussi n’avait-il pas plus d’empire que M.Fouché, même moins, tout en étant aussi employé, et plusagréable.
Du reste, M. de Talleyrand disait tout le contraire de ceque disait M. Fouché. Aimant l’ancien régime, moins les per-sonnes et les préjugés ridicules d’autrefois, il conseillait derefaire le plus tôt possible la monarchie, ou l’équivalent, ense servant de la gloire du Premier Consul à défaut de sangroyal; ajoutant que, si on voulait avoir la paix prochaine etdurable avec l’Europe, il fallait se hâter de lui ressembler.Et, tandis que le ministre Fouché, au nom de la Révolution,conseillait de n’aller pas trop vite, M. de Talleyrand conseil-lait, au nom de l’Europe, de n’aller pas si lentement.
Le Premier Consul prisait le bon sens vulgaire de M. Fou-