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[Vol. 1.]
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LIVRE VI.

Octob. 1800. collègue, et faisait de lui un cas considérable. Il appréciaitsentiments du ce bon sens supérieur, qui ne voulait jamais briller mais être

Premier Consul .... , ,, . ..

pour utile, qui éclairait toutes choses dune lumière temperee et

son collègue

Cambacérès, vraie. Il appréciait surtout la sincérité de son attachement,riait de ses travers, toujours avec égards, et lui rendait leplus grand des hommages, celui de ne dire tout qu’à lui, den’être jamais inquiet que de son jugement. Aussi ne rece-vait-il d’influence que de lui seul, influence à peine soupçon-née, et à cause de cela très-grande.

Le Consul Cambacérès était propre surtout à tempérer sesemportements à l’égard des personnes, sa précipitation à l’é-gard des choses. Au milieu de ce conflit de deux tendancesopposées, l’une poussant à une réaction précipitée, l’autre,au contraire, combattant cette réaction, M. Cambacérès, in-flexible quand il s’agissait du maintien de l’ordre, était, danstout le reste, toujours prononcé pour qu’on allât moins vite.Il ne contestait pas le but auquel on tendait visiblement.Qu’on décernât un jour au Premier Consul tout le pouvoirqu’on voudrait, soit, mais pas trop tôt, répétait-il sans cesse.11 voulait surtout qu’on préférât toujours la réalité à l’appa-rence, le pouvoir véritable à ce qui n’en était que l’ostenta-tion. Un Premier Consul pouvant tout ce qu’il voulait pourle bien, lui semblait valoir beaucoup mieux qu’un prince cou-ronné, gêné dans son action. Agir et se cacher, surtout ne ja-mais agir trop vite, composait toute sa sagesse. Ce n’est paslà le génie sans doute, mais c’est la prudence ; et pour fon-der un grand État, il faut des deux.

M. Cambacérès avait pour le Premier Consul un autre genred’utilité que celui de le conseiller avec une raison supérieure,c’était de gouverner le Sénat. Ce corps, ainsi que nous l’a-vons dit, avait une immense importance, puisqu’il faisait tou-tes les élections. Dans les premiers moments, on l’avait enquelque sorte abandonné à M. Sieyès, comme dédommagementdu pouvoir exécutif, déféré tout entier au général Bonaparte.