Band 
[Vol. 1.]
Seite
164
JPEG-Download
 

164

LIVRE VI.

Octob. 1800. mortelI «Mais où sont, ajoutait-il, où sont ses héritiers? où« sont les institutions qui peuvent maintenir ses bienfaits et«perpétuer son génie? le sort de trente millions d’hommes« ne tient qu’à la vie d’un seul homme ! Français, que de-« viendriez-vous si à l’instant un cri funèbre vous annonçait«que cet homme a vécu?»

L’auteur examinait ici les chances diverses qui se présen-teraient à la mort du général Bonaparte. Retomberait-onsous le joug d’une assemblée? mais le souvenir de la Conven-tion était là, pour éloigner de l’esprit de tout le monde unepareille supposition. Se jetterait-on dans les bras du gou-vernement militaire? mais où était l’égal du général Bona-parte? La République comptait sans doute de grands géné-raux, mais lequel effaçait assez tous les autres, pour prévenirtoute rivalité, et empêcher que les armées ne s’égorgeassent,dans l’intérêt de leur chef particulier?... A défaut du gou-vernement des assemblées, à défaut du gouvernement desprétoriens, voulait-on recourir à la dynastie légitime, qui étaitsur la frontière, tendant les bras à la France?... mais c’étaitla contre-révolution, et le retour de Charles II et de Jacques IIen Angleterre, le sang ruisselant à leur apparition, étaient desexemples suffisants pour éclairer les peuples... et si l’on avaitbesoin d’exemples plus récents, la rentrée que la reine deNaples et son imbécile époux venaient de faire dans leurroyaume infortuné, était une leçon écrite en caractères desang!... Français! vous dormez au bord d’un abîme!... Telétait le dernier mot de ce singulier écrit.

Tout ce qu’il contenait, sauf les flatteries de langage, étaitvrai ; mais c’étaient des vérités bien prématurées, à en jugerpar l’impression qu’elles produisirent. Lucien, ministre del’intérieur, employa les moyens dont il disposait, pour ré-pandre cet écrit dans toute la France. Il en remplit Paris etles provinces, ayant bien soin d’en cacher l’origine. Le pam-phlet produisit un grand effet. Au fond, il disait ce que tout