Band 
[Vol. 2.]
Seite
100
JPEG-Download
 

100

LIVRE XI.

Juillet 1801.

Prise duSaint-Antoinepar les Anglais.

Combat du capi-taine Troude,montant le For-midable, contretrois vaisseauxet une frégate.

L’amiral Saumarez s’était cruellement vengé, sans beaucoupde gloire pour lui, mais avec un grand dommage pour la flotteespagnole. Les deux amiraux Linois et Moréno, montés surla Sabine, s’étaient tenus le plus près possible de cette scèneaffreuse. Ne pouvant, au milieu de l’obscurité, ni distinguerce qui se passait, ni donner un ordre à propos, ils étaient enproie aux plus vives inquiétudes. Au point du jour, ils setrouvaient à quelque distance de Cadix, avec leur escadre ral-liée, mais diminuée de trois vaisseaux, le San - Carlos et leSaint-IIerménégilde qui avaient sauté, le Saint-Antoine qui avaitété pris.

Un quatrième vaisseau de la flotte combinée était demeuréen arrière, c’était le Formidable, vaisseau amiral de Linois, quis’était couvert do gloire au combat d’Algésiras, mais qui seressentait des coups reçus dans cette journée. Privé d’unepartie de sa voilure, marchant lentement, voisin d’ailleurs desdeux vaisseaux embrasés, et redoutant les funestes méprisesde la nuit, il s’était tenu en arrière, ne croyant pouvoir êtreutile à aucun des combattants. C’est ainsi qu’il s’était trouvéun peu séparé de l’escadre. Aperçu le matin dans son isole-ment, il fut enveloppé par les Anglais, et attaqué par une fré-gate et trois vaisseaux. L’amiral Linois, ayant passé à bordde la frégate la Sabine, avait laissé à l’un de ses lieutenants, lecapitaine Troude, le commandement du Formidable. Cet ha-bile et vaillant officier, jugeant avec une rare présence d’esprit,que s’il voulait se sauver à force de voiles, il serait devancépar des vaisseaux qui étaient mieux gréés que le sien, résolutde chercher son salut dans une bonne manœuvre, et dans uncombat vigoureux. Son équipage partageait ses sentiments,et personne ne voulait perdre les lauriers d’Algésiras. C’étaientde vieux matelots, exercés par une longue navigation, et ayantl’habitude do la guerre, plus nécessaire encore sur mer quesur terre. Leur digne capitaine Troude n’attend pas que lesadversaires qui le poursuivent soient tous réunis contre le