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LIVRE XI.
Août 1801.
Le Premier Con-sul, pour punirl’Espagne, aban-donne la Trinité'.
Cet avis était fondé en raison, et parut tel au Premier Con-sul. Cependant, tenant à honneur de défendre même un alliédevenu infidèle, il informa M. Otto de ses nouvelles disposi-tions relativement à la Trinité, et se montra prêt à la sacri-fier, mais pas tout de suite, seulement à la dernière extré-
tivement faire la paix. — Le prince de la Paix est, à ce qu’on nous mande eth ce que je crois aisément, en pourparlers avec l'Angleterre ; le Directoire lecroyait acheté par cette puissance. — Le roi et la reine dépendent du prince ;il n était que favori, le voilà pour eux établi homme d’État, et grand hommede guerre. — Lucien est dans une position embarrassante dont il faut absolu-ment le tirer. — Le prince emploie assez habilement dans ses notes cettephrase: Le roi s'est décidé à faire la guerre à ses enfants. Ce mot sera quel-que chose pour l’opinion. — Une rupture avec l’Espagne est une menacerisible quand nous avons ses vaisseaux à Brest, et que nos troupes sont dans lecœur du royaume. — Il me semble que voilà notre position tout entière avecl’Espagne: cela posé, qu’avons-nous à faire?
Voilà le moment oii je m’aperçois bien que depuis deux ans je ne suis plusaccoutumé à penser seul. Ne pas vous voir laisse mon imagination et monesprit sans guide ; aussi vais-je probablement écrire de bien pauvres choses,mais ce n’est pas ma faute, je ne suis pas complet quand je suis loin de vous.
Il me semble que l’Espagne, qui à toutes les paix a gène le cabinet de Ver-sailles par ses énormes prétentions, nous a extrêmement dégagés dans cettecirconstance. Elle nous a elle-même tracé la conduite que nous avons à tenir:nous pouvons faire avec l’Angleterre ce qu’elle fait avec le Portugal; elle sa-crifie les intérêts de son allié, c’est mettre à notre disposition l’ile de la Trinitédans les stipulations avec l’Angleterre. Si vous adoptiez cette opinion, il fau-drait alors presser un peu la négociation à Londres et s’en tenir à faire de ladiplomatie ou plutôt de l’ergoterie à Madrid, en restant toujours dans des dis-cussions douces, dans des explications amicales, en rassurant sur le sort duroi de Toscane, en ne parlant que des intérêts de l’alliance, etc., etc. En tout,perdre du temps à Madrid et précipiter à Londres.
Changer d’ambassadeur dans ces circonstances, ce serait donner de l’éclatet il faut l’éviter si vous adoptez, comme je le propose, la temporisation. Pour-quoi ne permettriez-vous pas à Lucien d’aller à Cadix voir les armements, devoyager dans les ports? Pendant cette course, les affaires avec l’Angleterremarcheraient; vous ne laisseriez pas l’Angleterre stipuler pour le Portugal,et il reviendrait à Madrid pour traiter définitivement de cette paix.
Je crains bien, général, que vous ne trouviez que mon opinion ne se senteun peu des douches et des bains que je prends bien exactement. Dans dix-septjours je vaudrai mieux. Je serai bien heureux de vous renouveler l’assurancede mon dévouement et de mon respect.
Ch.-Mujr. Tu.lrvrand.