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LIVRE XII.
Mars 18 >1.
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vir de règle à sa conduite ; ceux-là, qu’il n’y a ni bien ni mal,que ce sont là les inventions intéressées des grands de laterre: l’homme, au milieu de ces contradictions, éprouve lebesoin impérieux, irrésistible, de se faire sur tous ces ob-jets une croyance arrêtée. Vraie ou fausse, sublime ou ri-dicule, il s’en fait une. Partout, en tout temps, en toutpays, dans l’antiquité comme dans les temps modernes,dans les pays civilisés comme dans les pays sauvages, onle trouve au pied des autels, les uns vénérables, les autresignobles ou sanguinaires. Quand une croyance établie nerègne pas, mille sectes, acharnées à la dispute comme enAmérique, mille superstitions honteuses comme en Chine,agitent, ou dégradent l’esprit humain. Ou bien, si, comme enFrance en quatre-vingt-treize, une commotion passagère aemporté l’antique religion du pays, l’homme, à l’instant mêmeoù il avait fait vœu de ne plus rien croire, se dément aprèsquelques jours, et le culte insensé de la déesse Raison, inau-guré à côté de l’échafaud, vient prouver que ce vœu était aussivain qu’il était impie.
A en juger donc par sa conduite ordinaire et constante,l’homme a besoin d’une croyance religieuse. Dès lors quepeut-on souhaiter de mieux à une société civilisée, qu’unereligion nationale, fondée sur les vrais sentiments du cœurhumain, conforme aux règles d’une morale pure, consacréepar le temps, et qui, sans intolérance et sans persécution, ré-unisse , sinon l’universalité, au moins la grande majorité descitoyens, au pied d’un autel antique et respecté?
Une telle croyance, on ne saurait l’inventer, quand ellen’existe pas depuis des siècles. Les philosophes, même lesplus sublimes, peuvent créer une philosophie, agiter par leurscience le siècle qu’ils honorent: ils font penser, ils ne fontpas croire. Un guerrier couvert de gloire peut fonder un em-pire, il ne saurait fonder une religion. Que dans les temps an-ciens, des sages, des héros, s’attribuant des relations avec le