Band 
[Vol. 2.]
Seite
162
JPEG-Download
 

162

LIVRE XII.

Mars 1801. mouarchie, voyait cependant avec peine le projet de rétablirl’ancien culte. M. de Talleyrand lui-même, le prôneur assidude tout ce qui pouvait rapprocher le présent du passé, et laFrance de l’Europe, M. de Talleyrand, l’ouvrier en second, maisl’ouvrier utile et zélé de la paix générale, voyait néanmoinsavec assez de froideur ce qu’on appelait la paix religieuse. Ilvoulait bien qu’on ne persécutât plus les prêtres; mais, génépar des souvenirs personnels, il ne désirait guère qu’on réta-blît l’ancienne Église catholique, avec ses règles et sa disci-pline. Les compagnons d’armes du général Bonaparte, lesgénéraux qui avaient combattu sous ses ordres, dépourvus laplupart d’éducation première, nourris des vulgaires railleriesdes camps, quelques-uns des déclamations des clubs, répu-gnaient à la restauration du culte. Quoique entourés de gloire,ils semblaient craindre le ridicule qui pouvait les atteindre aupied des autels. Enfin, les frères du général Bonaparte, vivantbeaucoup avec les lettrés du temps, encore imbus des écritsdu dernier siècle, craignant pour le pouvoir de leur frère toutce qui avait l’apparence d’une résistance sérieuse, et ne sa-chant pas voir qu’au delà de cette résistance intéressée ou peuéclairée des hommes qui approchaient le gouvernement, il yavait le besoin réel, et déjà senti des masses populaires, luidéconseillaient fortement ce qu’ils regardaient comme une ré-action imprudente, ou prématurée.

Opinions On assiégeait donc le Premier Consul de conseils de toutenues auprès du espèce. Les uns lui disaient de ne pas se mêler des affairespar les hommes religieuses, de se borner à ne plus persécuter les prêtres, et

qui l entouraient. o ? 1 A

de laisser les assermentés et les insermentés s’entendre commeils pourraient. Les autres, reconnaissant le danger de l’indif-férence et de l’inaction, l’engageaient à saisir l’occasion auvol, à se faire sur-le-champ le chef d’une Église française, età ne plus laisser ainsi dans les mains d’une autorité étrangèrel’immense pouvoir de la religion. D’autres enfin lui propo-saient de pousser la France vers le protestantisme, et lui di-