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LIVRE XIII.
Janv. 1802.
Lenteurscausées par l’Es-pagne, qui refuseu’envoyer un né-gociateur au con-grès.
grandes nations belligérantes et tous leurs alliés. L’Espagne,qui d’une extrême intimité avait passé presque à l’inimitié,contrariait le Premier Consul en n’envoyant pas son plénipo-tentiaire au congrès. Comme, au fond, elle savait que la paixétait certaine, et qu’elle n’avait à figurer dans le protocole quepour l’abandon de la Trinité, elle ne se hâtait guère de fairearriver son négociateur. Les Anglais, de leur côté, voulaientvoir au congrès d’Amiens un plénipotentiaire espagnol, pourobtenir une cession en forme de l’ile de la Trinité. Ils annon-çaient même ne vouloir pas négocier, si le plénipotentiaireespagnol n’était pas présent. Le Premier Consul fut obligé deprendre avec la cour d’Espagne un ton qui réveillât son apa-thie, et il ordonna au général Saint-Cyr, devenu ambassadeurà la place de Lucien, de mettre sous les y eux du roi et de lareine la conduite extravagante du prince de la Paix, et de leurdéclarer que, si on continuait à se conduire dans ce système,cela finirait par un coup de tonnerre'.
1 Voici cette lettre, fort importante pour apprécier les relations de laFrance avec l’Espagne à cette époque.
Au citoyen Saint-Cyr, ambassadeur à Madrid.
10 frimaire an x (1 er décembre 1801).
Je ne comprends plus rien, citoyen ambassadeur, à la conduite du cabinetde Madrid. Je vous charge spécialement de faire toutes les démarches pourfaire ouvrir les yeux à ce cabinet, pour qu’il prenne une marche régulière etconvenable. Le sujet me parait tellement important, que je crois devoirvous en écrire moi-même.
La plus intime union régnait entre la France et l’Espagne lorsque S. M.jugea à propos de ratifier le traité de Badajoz.
M. le prince de la Paix passa alors à notre ambassadeur une note dont j'or-donne qu’on vous envoie la copie. Cette note était trop pleine d’injures gros-sières pour que je dusse y faire attention. Peu de jours après, il remit à l’am-bassadeur fi ançais à Madrid une note dans laquelle il déclarait que S. M. C.allait faire sa paix particulière avec l’Angleterre. J’ordonne également qu’onvous en envoie copie. Je sentis alors combien je pouvais peu compter sur lesefforts d’une puissance dont le ministre s’exprimait avec si peu d’égards, etmontrait un tel déréglement dans sa conduite. Connaissant pleinement la vo-