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[Vol. 2.]
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LIVRE XIV.

mm S . 1802. On prit trente-six heures, pour la traduction du traité, dansautant de langues qu’il y avait de puissances intéressées. Le 27mars (6 germinal), les plénipotentiaires se réunirent à l’hôtel-de-ville. Le Premier Consul avait voulu que tout se passât avecle plus grand appareil. Depuis long-temps il avait fait partir pourAmiens un détachement de ses plus belles troupes, habillées àneuf; il avait fait réparer les routes d’Amiens à Calais et d’A-miens à Paris, et envoyé des secours aux ouvriers du paysprivés de travail, pour que rien ne pût inspirer au négocia-teur anglais une fâcheuse idée de la France. 11 avait enfinprescrit des préparatifs dans la ville même d’Amiens, pourque la signature fût donnée avec une sorte de solennité. Le27, à 11 heures du matin, des détachements de cavalerieallèrent chercher les plénipotentiaires à leur demeure, et lesescortèrent à l’hôtel-de-ville, où une salle avait été préparéepour les recevoir. Ils employèrent un certain temps à revoirles copies du traité, et vers deux heures enfin, on introduisitles autorités et la foule, empressées d’assister à ce spectacleimposant des deux premières nations de l’univers, se récon-ciliant à la face du monde, se réconciliant, hélas ! pour troppeu de temps ! Les deux plénipotentiaires signèrent la paix,et puis s’embrassèrent cordialement, aux acclamations desassistants émus et transportés de joie. Lord Cornwallis etJoseph Bonaparte furent reconduits à leurs demeures, aumilieu des démonstrations les plus bruyantes de la multitude.Lord Cornwallis entendit son nom béni par le peuple français,et Joseph rentra chez lui, entendant de toutes parts ce cri,qui devait être long-temps, et qui aurait pu être toujours, leori de la France : Vive Bonaparte !

Lord Cornwallis partit immédiatement pour Londres, malgrél’invitation qu’il avait reçue de se rendre à Paris. Il craignaitque les facilités de rédaction auxquelles il s’était prêté, ne fus-sent point approuvées par son gouvernement, et il voulut as-surer la ratification du traité par sa présence.