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[Vol. 2.]
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LIVRE XIV.

Mai 1802.

Projets formesdans le sein dela famille Bona-parte.

et de Talleyrand, auxquels il accordait une grande part d’in-fluence, il parlait complètement de ce qui intéressait les affai-res publiques, beaucoup plus qu’à ses frères, auxquels il étaitloin de confier le secret de l’État. Pour ce qui le touchait per-sonnellement, au contraire, il disait peu à ses collèguesou à ses ministres, et beaucoup à ses frères. Toutefois ilne leur avait pas môme découvert, à eux, la secrète am-bition de son cœur; mais elle était si aisée à deviner, onétait dans le sein de sa famille si pressé de la faire réussir,qu’on lui épargnait la peine de s’en ouvrir le premier. On l’enentretenait sans cesse, et on lui laissait la position plus com-mode d’avoir à modérer plutôt qu’à exciter le zèle pour sagrandeur. On lui disait donc que le moment était venu deconstituer en sa faveur autre chose qu’un pouvoir éphémèreet passager, qu’il fallait songer enfin à lui en attribuer un quifût tout à fait solide et durable. Joseph avec la douceur pai-sible de son caractère, Lucien avec la pétulance de sa nature,tendaient ouvertement au même but. Ils avaient pour confi-dents et pour coopérateurs les hommes de leur intimité, qui,soit dans le Conseil d’État, soit dans le Sénat, partageaientleur sentiment par conviction, et par envie de plaire. MM. Re-gnaud, Laplace, Talleyrand etRœderer, celui-ci toujours leplus ardent dans cette voie, étaient franchement d’avis qu’ilfallait, le plus tôt possible et le plus complètement, retournerà la monarchie. M. de Talleyrand, le plus calme, mais pas lemoins actif d’entre eux, aimait fort la monarchie, surtout élé-gante et brillante, comme dans le palais de Versailles, sansles Bourbons toutefois, avec lesquels il se croyait alors incom -patiblc. Il répétait sans cesse, avec une autorité qui ne pou-vait appartenir qu’à lui, que pour négocier avec l’Europe ilserait bien plus facile de traiter au nom d’une monarchie qued’une république; que les Bourbons étaient pour les rois deshôtes incommodes et déconsidérés ; que le général Bonaparte,avec sa gloire, sa puissance, son courage à comprimer l’anar-