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LIVRE XIV.
Mai 1802.
Nouvelle
dissimulation
du
Premier Consul.
Il ne s’agissait plus que de se fixer sur le témoignage dereconnaissance nationale à donner au général Bonaparte. Per-sonne ne s’y trompait : tout le monde savait bien que c’était parune extension de pouvoir qu’il fallait payer à l’illustre généralles bienfaits immenses qu’on en avait reçus. Cependant quel-ques esprits simples, soit au Tribunat, soit au Sénat, avaientcru en votant, qu’il s’agissait peut-être d’un témoignage public,comme une statue ou un monument. Mais ces esprits simplesétaient en bien petit nombre. La masse des tribuns et dessénateurs savaient parfaitement comment il fallait exprimersa reconnaissance. Pendant cette journée et la suivante, lesTuileries et l’hôtel de M. Cambacérès, qui était logé hors dupalais, ne désemplirent point. Les sénateurs venaient avecempressement demander comment il fallait agir. Le zèle étaitgrand parmi eux; on n’avait qu’à énoncer ce qu’on voulaitpour qu’ils le décrétassent. L’un d’eux alla même jusqu’à direau consul Cambacérès: Que veut le général? Veut-il être roi?qu’il le dise. Moi et mes collègues de la Constituante, noussommes tout prêts à voter le rétablissement de la royauté, etplus volontiers pour lui que pour d’autres, parce qu’il en estle plus digne. — Curieux de connaître la pensée véritable duPremier Consul, les sénateurs s’approchèrent de lui le plusqu’ils purent, et s’y prirent de cent manières, pour avoir aumoins un mot de sa bouche tant soit peu significatif. Mais ilrefusa constamment de dévoiler ses intentions, même au sé-nateur Laplace, qui était l’un de ses amis particuliers, et qu’onavait, à ce titre, chargé de sonder ses intentions secrètes. Ilrépondit toujours que ce qu’on ferait, quoi qu’on fit, seraitreçu avec gratitude, et qu’il n’avait rien d’arrêté dans sonesprit. Quelques-uns voulurent savoir si une prorogation dedix ans lui serait agréable. Il répondit avec une humilité af-fectée que tout témoignage de la confiance publique, celui-làou tout autre, lui suffirait, et le remplirait de satisfaction. Lessénateurs, fort peu instruits après de telles communications,