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LIVRE XIV.
Août 1802. fut porté au Sénat, et après une sorte d’homologation convertien sénatus • consulte organique. Le lendemain, 5 août (17thermidor), il fut publié avec les formes d’usage, et devintainsi le complément de la Constitution consulaire.
La France ressentait une satisfaction profonde. La familledu Premier Consul n’avait vu s’accomplir ni toutes ses crain-tes, ni tous ses vœux; néanmoins elle partageait le contente-ment général. Madame Bonaparte commençait à se rassurer,en voyant s’évanouir l’idée de la royauté. Cette espèce d’hé-rédité, qui laissait au chef de l’Etat le soin de se choisir unsuccesseur, était tout ce qu’elle désirait, car elle n’avait pasd’enfant du général Bonaparte, et possédait une fille chérie,épouse de Louis Bonaparte, qui allait devenir mère. Elle sou-haitait et se flattait d’avoir un petit-fils. Elle croyait voir enlui l’héritier du sceptre du monde. Son époux partageait cesvues. Les frères de Napoléon (nous l’appellerons ainsi désor-mais), les frères de Napoléon étaient moins satisfaits, du moinsLucien, dont rien ne calmait la continuelle activité d’esprit.Mais on venait d’introduire pour eux, dans les articles organi-ques, une disposition imaginée pour leur plaire. La loi de laLégion-d’IIonneur avait statué que le grand conseil de la Lé-gion serait composé des trois consuls, et d’un représentant dechacun des grands corps de l’État. Le Conseil d’Etat avaitnommé pour cette charge Joseph Bonaparte ; le Tribunat, Lucien.Une disposition du sénatus-consulte portait que les membresdu grand conseil de la Légion d’Honneur seraient de droit sé-nateurs. Les deux frères de Napoléon ôtaient donc personnagesprincipaux dans la belle institution chargée de distribuer toutesles récompenses, et de plus membres du Sénat, appelés natu-rellement à 'exercer dans ce corps une grande influence. Jo-seph , modéré dans ses vœux, semblait ne plus rien désirer.Lucien n’était satisfait qu’à moitié ; il rfiétait pas dans sa na-ture de l’étro davantage. Le Premier Consul, en faisant sescollègues Cambacérès et Lebrun consuls a vie, avait voulu