Août 1802.
La noblesseimmédiate,son origine,son existenceactuellementmenacée.
Caractèrede la révolutionqui s'opéraiten ce momenten Allemagne.
58 LIVRE XV.
La noblesse immédiate avait une origine assez semblable àcelle des villes libres, car son titre provenait de la protectionimpériale accordée aux seigneurs, trop faibles pour se dé-fendre eux-mêmes. Aussi était-elle surtout répandue en Fran-conie et en Souabe, parce qu’à l’époque de la destruction dela maison de Souabe, les seigneurs de cette contrée, se trou-vant sans suzerain, s’étaient donnés à l’empereur. On l’ap-pelait immédiate, parce qu’elle relevait directement de l’em-pereur , et non des princes chez lesquels ses domaines étaientsitués. On donnait le même titre d'immédiat à tout État, ville,fief, abbaye, relevant directement de l’Empire. On appelaitmédiat, tout Etat dépendant directement du prince dans leterritoire duquel il se trouvait enclavé. Cette noblesse immé-diate, dont l’obéissance était partagée entre le seigneur localet l’empereur qu’elle reconnaissait comme son unique suze-rain, était fière de cette vassalité plus relevée, servait dansles années et dans les chancelleries impériales, et livrait auxrecruteurs autrichiens la population des bourgs et villages quilui appartenaient.
Les princes territoriaux, de quelque parti qu’ils fussent, sou-haitaient la double incorporation à leurs États de la noblesseimmédiate et des villes libres. L’Autriche, assez froide pourle maintien des villes libres, dont elle convoitait un certainnombre pour elle-même, était ardente au contraire pour lemaintien de la noblesse immédiate, qu’elle affectionnait d’unemanière particulière. Cependant elle voulait en général la con-servation de tout ce qui pouvait être conservé.
De notre point de vue moderne, rien ne doit paraître plusnaturel, plus légitime, que la réunion de toutes ces parcellesde territoire, villes ou seigneuries immédiates, au corps dechaque État. Cela sans doute eût mieux valu, si, comme enFrance, en 1789, on avait remplacé en Allemagne ces libertéslocales par une liberté générale, garantissant à la fois toutesles existences et tous les droits. Mais ces incorporations allaient