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[Vol. 2.]
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LIVRE XV.

Août 1802. ces divers prétendants, le Premier Consul reconnut bientôtque, sans l’intervention d’une volonté puissante, le repos del’Allemagne, et, par suite, celui du continent, resterait indé-finiment en péril. Il se décida donc à offrir, et en réalité, à impo-ser sa médiation, mais en présentant des arrangements qui pus-sent honorer la justice de la France et la sagesse de sa politique.

Rien n’était plus sensé, plus admirable, que les vues duPremier Consul, à cette époque heureuse de sa vie, où, cou-vert d’autant de gloire qu’il en eut jamais, il n’avait pas ce-pendant assez de force matérielle pour mépriser l’Europe , etse dispenser de recourir à une politique profondément calcu-lée. Il voyait bien qu’avec les dispositions peu sûres de l’Angle-terre, il fallait songer à prévenir le danger d’une nouvelleguerre générale; que, dans ce but, il était urgent de se mé-nager une alliance solide sur le continent ; que celle de la Prusseétait la plus convenable ; que cette cour, novatrice par nature,par origine, par intérêt, avait avec la Révolution française desaffinités que ne pouvait avoir aucune autre cour; qu’en sel’attachant sérieusement, on rendait les coalitions impossibles;car, au degré de force auquel la France était parvenue, c’étaittout au plus si on oserait l’attaquer, lorsque toutes les puis-sances seraient réunies contre elle; mais que, s’il en manquaitune seule à la coalition, et si la puissance qui manquait avaitpassé du côté de la France, jamais on ne tenterait les chancesd’une nouvelle guerre. Cependant, tout en songeant à s’allierh la Prusse, le Premier Consul comprenait avec une rare jus-tesse d’esprit, qu’il ne fallait pas la faire tellement forte qu’elleécrasât l’Autriche, car alors elle deviendrait à son tour la puis-sance dangereuse, au lieu d’être l’alliée utile ; qu’il ne fallait luisacrifier ni les petits princes, anciens amis de la France, niles États ecclésiastiques sans exception, États peu consistants,peu militaires, et préférables comme voisins à des princes laï-ques et guerriers; ni enfin les villes libres, respectables parles souvenirs qu’elles rappelaient, respectables surtout à titre