Band 
[Vol. 2.]
Seite
124
JPEG-Download
 

124

LIVRE XVI.

rér . 1802. picales, de ne recevoir que d’elle seule les produits d’Europe,de n’admettre que ses vaisseaux, de n’élever de matelots quepour sa marine. Chaque colonie était ainsi une plantation, unmarché et un port fermés. L’Angleterre voulait tirer exclusi-vement de ses provinces d’Amérique les sucres, les Lois deconstruction, les cotons bruts; l’Espagne voulait être la seuleà extraire du Mexique et du Pérou les métaux si enviés detoutes les nations; l’Angleterre et la France voulaient dominerl’Inde, pour en exporter les fils de coton, les mousselines, lesindiennes, objets d’une convoitise universelle; elles voulaientfournir leurs produits en échange, et ne faire tout ce trafic quesous leur pavillon. Aujourd’hui ces ardents désirs des nationsont fait place à d’autres. Le sucre, qu’il fallait extraire d’uneplante née et cultivée sous le soleil le plus chaud, se tire d’uneplante cultivée sur l’Elbe et sur l’Escaut. Les cotons, filés avectant de finesse et de patience par des mains indiennes, sontfilés en Europe par des machines, que met en mouvement lacombustion du charbon fossile. La mousseline est tissée dansles montagnes de la Suisse et du Forez. Les indiennes, tissuesen Écosse, en Irlande, enNormandie, en Flandre, peintes enAlsace, remplissent l’Amérique, et se répandent jusque dansles Indes. Excepté le café, le thé, produits que l’art ne sauraitimiter, on a tout égalé, ou surpassé. La chimie européenne adéjà remplacé la plupart des matières colorantes qu’on allaitchercher entre les tropiques. Les métaux sortent des flancs desmontagnes européennes. On retire l’or de l’Oural; l’Espagnecommence à trouver l’argent dans son propre sein. Une granderévolution politique s’est jointe à ces révolutions industrielles.La France a favorisé l’insurrection des colonies anglaises del’Amérique du nord; l’Angleterre a contribué, en revanche, àl’insurrection des colonies de l’Amérique du sud. Les unes etles autres sont aujourd’hui des nations, ou déjà grandes, oudestinées à le devenir. Sous l’influence des mêmes causes, unesociété africaine, dont l’avenir est inconnu, s’est développée à