148
LIVRE XVI.
fév. 1802 .
Occupationpar le generalKervèrsaude la partieespagnole fieSaint-boniingiie.
Projetsdu generalLeclerc pourla soumissiontotale de l’He,
quelques frégates et deux mille hommes de débarquement,secondé par les habitants et par l’influence do l’évéque fran-çais, Mauvielle, prenait possession d’une moitié de la partieespagnole, celle où dominait Paul Louverture, frère de Tous-saint. De son côté le capitaine Magon, établi au Fort-Dauphin,réussissait par d’adroites négociations, et l’influence du mômeévêque Mauvielle, à gagner le général mulâtre Clervaux, et àlui arracher la riche plaine de Saint-Yago. Ainsi, dans les dixpremiers jours de février, les troupes françaises occupaient lelittoral, les ports, les chefs-lieux de l’ile, la plus grande partiedes terrains cultivés. Il ne restait à Toussaint que trois ouquatre demi-brigades noires, avec les généraux Maurepas,Christophe, Dessalines, avec ses trésors et ses amas d’armes,enfouis dans les mornes du Chaos. Il lui restait malheureuse-ment aussi une quantité de blancs, emmenés en otages, etcruellement traités, en attendant qu’on les rendît ou qu’on leségorgeât. Il fallait profiter de la saison, qui était favorable, pourachever de réduire l’ile.
La région montagneuse et tourmentée dans laquelle Tous-saint s’était renfermé, se trouvait placée à l’ouest, entre lameret le mont Cibao, qui est le nœud central auquel viennent serattacher toutes les chaînes de l’ile. Cette région verse sesrares eaux par plusieurs affluents dans la rivière de l’Arti-bonite, laquelle se jette à la mer, entre les Gonaïves et le Port-au-Prince, tout près de Saint-Marc. (Voir la carte n° 22.) Ilfallait y marcher de tous les points à la fois, du Cap, du Port-au-Prince, et de Saint-Marc, de manière à mettre les noirsentre deux feux, et à les repousser sur les Gonaïves pour lesy envelopper. Mais pour pénétrer dans ces mornes, on avait àfranchir des gorges étroites, rendues presque impénétrablespar la végétation des tropiques, et dans le fond desquelles lesnoirs, blottis en tirailleurs, présentaient une résistance difficileà surmonter. Toutefois les vieux soldats du Rhin, transportésau delà de l’Atlantique, n’avaient à craindre que le climat. Lui