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[Vol. 2.]
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LIVRE XVI.

Nov. 1802 trui ! Mais une singulière jalousie la dévorait. Tant que les suc-côs du général Bonaparte avaient été un argument contre leministère de M. Pitt, ils avaient été accueillis en Angleterre avecune sorte d’applaudissement. Mais depuis que ces cuccès, con-tinués et accrus, étaient ceux de la France elle-même ; depuisqu’on l’avait vue grandir par la paix autant que par la guerre,par la politique autant que par les armes ; depuis qu’on avaitvu, en dix-huit mois, la République italienne devenir, sousla présidence du général Bonaparte, une province française,le Piémont ajouté à notre territoire, avec l’agrément du con-tinent, Parme, la Louisiane, accroissant nos possessions parla simple exécution des traités, l’Allemagne enfin reconstituéepar notre seule influence; depuis qu’on avait vu tout cela s'ac-complir paisiblement, naturellement, comme chose découlantd’une situation universellement acceptée, un dépit manifestes’était emparé de tous les cœurs anglais, et ce dépit ne se dis-simulait pas plus que les sentiments ne se dissimulent d’or-dinaire chez un peuple passionné, fier et libre.

Les classes qui prenaient moins de part aux avantages dela paix, laissaient plus que les autres éclater cette jalousie.Nous avons déjà dit que les manufacturiers de Birmingham etde Manchester, dédommagés par la contrebande des difficultésqu’ils rencontraient dans nos ports, se plaignaient peu ; maisque le haut commerce, trouvant les mers couvertes de pavil-lons rivaux, et la source des profits financiers tarie avec lesemprunts, regrettait publiquement la guerre, et se montraitplus mécontent de la paix que l’aristocratie elle-même. Cettearistocratie, ordinairement si orgueilleuse et si patriote, nelaissant à aucune classe de la nation l’honneur de servir etd’aimer, plus qu’elle ne le fait, la grandeur britannique, n’é-tait cependant pas fâchée en cette occasion de se distinguerdu haut commerce, par des vues plus élevées et plus géné-reuses. Elle chérissait un peu moins M. Pitt depuis qu’il étaitchéri si vivement par le monde mercantile, se rangeait avec