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LIVRE XVI.
Nov. 1802. Cette seigneurie valait à l’empereur la qualité de membre desligues grises, et une action directe sur la composition de leurgouvernement. 11 choisissait l’amman du pays entre trois can-didats qu’on lui présentait. Depuis que les Grisons avaient étéréunis par la France à la confédération helvétique, l’empereur,resté propriétaire deBazuns, faisait gérer son domaine par unintendant. Cet intendant s’était mis à la tête des Grisons insur-gés, et avait pris part à toutes les réunions dans lesquelles ilsavaient déclaré se séparer de la confédération helvétique pourrevenir à l’ancien ordre de choses. Il avait reçu et acceptéla mission de porter leurs vœux aux pieds de l’empereur, etavec leurs vœux la prière instante de les prendre sous saprotection.
Assurément on ne pouvait pas montrer plus clairement surquel parti on cherchait à s’appuyer en Europe. A toute cetteagitation d’esprit se joignait quelque chose de plus grave en-core : on prenait les armes, on réparait les fusils laissés parles Autrichiens et les Russes dans la dernière guerre, on of-frait et on donnait dix-huit sous par jour aux anciens soldatsdes régiments suisses, expulsés de France, on leur rendait lesmêmes officiers. Les pauvres habitants des montagnes, croyantnaïvement que leur religion, leur indépendance, étaient mena-cées, venaient en tumulte remplir les rangs de cette troupeinsurgée. L’argent répandu avec abondance était avancé parles riches oligarques suisses sur les millions déposés à Lon-dres, et prochainement réalisables si on venait à triompher.Le landamman Reding avait été déclaré chef de la ligue. Morat,Sempach étaient les souvenirs invoqués par ces nouveauxmartyrs de l’indépendance helvétique.
On a peine à comprendre une telle imprudence de leurpart, l’armée française bordant de tout côté les frontièressuisses. Mais on leur avait persuadé que le Premier Consulavait les mains liées, que les puissances étaient intervenues,et qu’il ne pourrait faire rentrer un régiment en Suisse, sans