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LIVRE XVI.
Nov. 180 ?. Ces choses accordées, vous devez admettre lion pas les iné-galités , mais les différences que la nature a établies elle-mêmeentre vous. Je ne vous comprends pas sous un gouvernementuniforme et central comme celui de la France. On ne me per-suadera pas que les montagnards, descendants de GuillaumeTell, puissent être gouvernés comme les riches habitants deBerne ou de Zurich. 11 faut, aux premiers, la démocratie ab-solue et un gouvernement sans impôts. La démocratie pure,au contraire, serait pour les seconds un contre-sens. D’ailleurs,à quoi bon un gouvernement central? Pour avoir de la gran-deur? Elle ne vous va pas, du moins telle que la rêve l’am-bition de vos unitaires. Pour avoir une grandeur à la façon decelle de la France, il faut un gouvernement central, riche-ment doté, une armée permanente. Voudriez-vous payer toutcela, le pourriez-vous? Et puis, à côté de laFrance qui comptecinq cent mille hommes, à côté de l’Autriche qui en comptetrois cent, de la Prusse qui en compte deux cent, que feriez-vous avec quinze ou vingt mille hommes de troupes perma-nentes? Vous figuriez avec éclat au quatorzième siècle, contreles ducs de Bourgogne, parce qu’alors tous les États étaientmorcelés, leurs forces disséminées. Aujourd’hui la Bourgogneest un point de la France. Il faudrait vous mesurer avec laFrance ou avec l’Autriche tout entières. Si vous vouliez decette espèce de grandeur, savez-vous ce qu’il faudrait faire?11 faudrait devenir Français, vous confondre avec le grandpeuple, participer à ses charges pour participer à ses avan-tages , et alors vous seriez associés à toutes les chances de sahaute fortune. Mais vous ne le voudriez pas; je ne le veux pasnon plus. L’intérêt de l’Europe commande des résolutions dif-férentes. Vous avez votre grandeur à vous, et qui en vautbien une autre. Vous devez être un peuple neutre, dont toutle monde respecte la neutralité, parce qu’il oblige tout lemonde à la respecter. Être chez soi, libres, invincibles, res-pectés, c’est une assez noble manière d’être. Pour celle-là, le