314
LIVRE XVII.
Juillet 1803. attaché à ces trois espèces de bâtiments, qui répondaient àtous les besoins de la traversée, et qui, rangés en bataille,présentaient une redoutable ligne de feux. Les chaloupes ca-nonnières, plus faciles à manoeuvrer et plus fortement armées,occupaient la première ligne; les bateaux canonniers, infé-rieurs sous ces deux rapports, étaient rangés en seconde ligne,faisant face aux intervalles qui séparaient les chaloupes, demanière qu’il n’y eût aucun espace privé de feux. Les péni-ches , qui ne portaient que de petits obusiers, et qui étaientsurtout redoutables par la mousqueterie, disposées, tantôt enavant de la ligne de bataille, tantôt en arrière ou sur les ailes,pouvaient rapidement courir à l’abordage si on avait affaire àune flotte, ou jeter leurs hommes à terre si on voulait opérerun débarquement, ou se dérober s’il fallait supporter un feude grosse artillerie.
Ces trois espèces de bâtiments devaient être réunis aunombre de 12 ou 1,500. Ils devaient porter au moins 3 millebouches à feu de gros calibre, sans compter un grand nom-bre de pièces de petite dimension, c’est-à-dire, lancer autantde projectiles que la plus forte escadre. Leur feu était dan-gereux, parce qu’il était rasant, et dirigé vers la ligne de flot-taison. Engagés contre de gros vaisseaux, ils présentaient unbut difficile à saisir, et tiraient, au contraire, sur un but fa-cile à atteindre. Ils pouvaient se mouvoir, se diviser, et en-velopper l’ennemi. Mais s’ils avaient les avantages de la di-vision , ils en avaient aussi les inconvénients. L’ordre à intro-duire dans cette masse mouvante et prodigieusement nom-breuse , était un problème extrêmement difficile, à la solutionduquel s’appliquèrent sans cesse, pendant trois ans, l’amiralBruix et Napoléon. On verra plus tard à quel degré de pré-cision dans les manœuvres ils surent arriver, et jusqu’à quelpoint le problème fut par eux résolu.
Quel effet aurait produit une escadre de haut bord, traver-sant à toutes voiles cette masse de petits bâtiments, foulant,