CAMP DE BOULOGNE.
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renversant ceux qu’elle rencontrait devant elle, coulant àfond ceux qu’elle atteindrait de ses boulets, mais, enveloppéeà son tour par cette nuée d’ennemis, recevant dans tous lessens un feu d’artillerie dangereux, assaillie par la mousque-terie de cent mille fantassins, et peut-être envahie par d’in-trépides soldats, dressés à l’abordage? On ne saurait le dire,car on ne peut se faire une idée d’une scène aussi étrange,sans aucun antécédent connu, qui puisse aider l’esprit à enprévoir les chances diverses. L’amiral Decrès, esprit supé-rieur, mais dénigrant, admettait qu’en sacrifiant cent bâti-ments et dix mille hommes, on pourrait probablement essuyerla rencontre d’une escadre ennemie, et franchir le détroit. —On les perd tous les jours dans une bataille, répondait le Pre-mier Consul; et quelle bataille a jamais promis les résultatsque nous fait espérer la descente en Angleterre ? — Mais c’é-tait la chance la plus défavorable que celle d’une rencontreavec la croisière anglaise. Restait toujours la chance de passerpar un calme qui paralysât l’ennemi, par une brume qui luidérobât la vue de notre flottille ; et enfin la chance plus ras-surante encore d’une escadre française, apparaissant tout àcoup dans le détroit pour quelques heures.
Quoi qu’il en soit, ces bâtiments avaient assez de force pourse défendre, pour aborder un rivage et le balayer, pour ôterà l’ennemi toute idée d’une escadre de secours, pour donnerconfiance aux soldats et aux matelots chargés de les monter.Cependant ils présentaient des inconvénients tenant à la formemême de leur construction. Ayant, au lieu d’une quille pro-fondément immergée, un fond plat qui pénétrait peu dansl’eau, portant de plus une assez forte mâture, ils devaientavoir peu de stabilité, s’incliner facilement sous le souffle duvent, et même chavirer, s’ils étaient frappés par une rafalesubite. C’est ce qui arriva une fois, dans la rade de Brest, àune chaloupe canonnière mal lestée. L’accident eut lieu sousles yeux de l’amiral Ganteaume, qui, saisi de crainte, en écrivit
Juillet 1803.
Rencontrepossible(l’une escadrede haut bordavec
une flottillede chaloupescanonnières.
Opinionde ramiralDecrès surles propriétésde la flottillede Koulogne.
Inconvénientsdérivantde la
constructiondes bateaux àfond plat.