348
LIVRE XVII.
Août 1803. cela ne le regardait pas, lui prince de la Paix ; qu’en écoutantl’ambassadeur de France il sortait de son rôle, car il était gé-néralissime des armées espagnoles, et n’avait pas d’autrefonction dans l’État; et que, si on avait quelque déclaration àfaire, c’était au ministre des affaires étrangères et non à luiqu’il fallait s’adresser. Il refusa môme une note que le généralBeurnonville devait lui remettre à la fm de cette conférence.
m. de iîeur- Le général, poussé à bout , lui dit : Monsieur le prince, il y
nonville reçoit
pour re'ponse a cinquante personnes dans votre antichambre, je vais les
un renvoi A 1 ' 0 •
à m. d’Azara. prendre à témoin du refus que vous faites de recevoir unenote qui importe au service de votre roi, et constater que, sije n’ai pu m’acquitter de mon devoir, la faute en est à vousseul, et non pas à moi. — Le prince intimidé reçut la note, etle général Beurnonville se retira.
Tenant à remplir ses instructions dans toute leur étendue,le général ambassadeur voulut voir le roi et la reine, les trouvasurpris, éperdus, semblant ne rien comprendre à ce qui sepassait, et répétant que le chevalier d’Azara venait de rece-voir des instructions pour tout arranger avec le Premier Con-sul. Notre ambassadeur quitta la cour, interrompit même toutecommunication avec les ministres espagnols, et se hâta demander à son gouvernement ce qu’il avait fait, et le peu derésultat qu’il avait obtenu.
instructions M. d’Azara, en effet, avait reçu la plus singulière commu-
qu’avait . . , , . - . .
reçues nication, la plus inconvenante, la plus désagréable pour lui.
M. d’Azara 1
de Madrid. Q e spirituel et sage Espagnol était partisan sincère de l’al-liance de l’Espagne avec la France, et ami personnel du Pre-mier Consul depuis les guerres d’Italie, où il avait joué un rôleconciliateur entre l’armée française et le Saint-Père. Malheu-reusement, il ne cachait pas assez le dégoût, la douleur quelui causait l’état de la cour d’Espagne, et cette cour mécon-tente s’en prenait de sa déconsidération à l’ambassadeur quila déplorait. Il était, disait-on dans les dépêches qu’on venaitde lui écrire de Madrid, il était l’humble serviteur du Premier