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LIVRE XVII.
Août 1803.
Effroi,du princede la Paix,mais sa cons-tance à toutrenvoyerà M. d’Azara.
Remisede la lettredu PremierConsul au roid’Espagne.
Moyensimagines pouren prévenirtes effets.
Un ministre espagnol qui aurait eu la conviction de défendreles intérêts de son pays, de représenter dignement son roi,et non de le couvrir d’ignominie, aurait bravé la disgrâce, lamort, tout plutôt qu’un tel déploiement de l’autorité étrangère.Mais l’indignité de sa position ne laissait au prince de la Paixaucune ressource d’énergie. 11 se soumit, et affirma sur sa pa-role d’honneur que des instructions venaient d’être envoyées àM. d’Azara, avec pouvoir de consentir à tout ce que deman-dait le Premier Consul. Cette réponse fut rapportée au géné-ral Beurnonville. Celui-ci, qui avait ordre d’exiger une solu-tion immédiate, et de ne pas se payer d’un nouveau renvoi àParis, déclara au prince qu’il avait pour instruction expressede n’en pas croire sa parole, et d’exiger une signature à Ma-drid même, ou de remettre au roi la fatale lettre. Le princede la Paix répéta sa triste version, que tout se terminait àParis dans le moment, et conformément aux volontés du Pre-mier Consul. Cette misérable cour croyait sauver son honneur,en laissant à M. d’Azara le triste rôle de se soumettre aux vo-lontés de la France, et en renvoyant à quatre cents lieuesd’elle le spectacle de son abaissement. Le général Beurnon-ville se crut alors obligé de porter au roi la lettre du PremierConsul. Les directeurs du roi, c’est-à-dire la reine et le prince,auraient pu refuser l’audience, mais un courrier aurait or-donné à Augereau d’entrer en Espagne. Ils trouvèrent unmoyen de tout arranger. Ils conseillèrent à Charles IV de rece-voir la lettre, mais en lui persuadant de ne pas l’ouvrir, parcequ’elle contenait des expressions dont il aurait à s’offenser. Ilss’efforcèrent de lui prouver qu’en la recevant ils s’épargneraitl’entrée de l’armée française, et qu’en ne l’ouvrant pas il sau-verait sa dignité. Les choses furent ainsi disposées. Le géné-ral Beurnonville fut admis à l’Escurial, en présence du roiet de la reine, hors de la présence du prince de la Paix, qu’ilavait ordre de ne pas souffrir, et remit au monarque espagnoll’accablante dénonciation dont il était porteur. — Charles IV,