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[Vol. 2.]
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LIVRE XVII.

Sept. 1803.

Le PremierConsul se crééun pied-à-terreà Boulogne,au petit châ-teau du Puut-de-Briques.

ligence, quand ce n’est pas par volonté de mentir, s’était crééà Boulogne un pied-à-terre, où il avait l’intention de séjournerfréquemment. Il avait fait louer un petit château dans un vil-lage appelé le Pont-de-Briques, et il avait ordonné les ap-prêts nécessaires pour y habiter avec sa maison militaire. Ilpartait le soir de Saint-Cloud, et, franchissant les soixantelieues qui séparent Paris de Boulogne, avec la rapidité queles princes ordinaires mettent à courir à de vulgaires plaisirs,il arrivait le lendemain, au milieu du jour, sur le théâtre deses immenses travaux, et voulait tout examiner avant de pren-dre un instant de sommeil. Il avait exigé que l’amiral Bruix,exténué de fatigue, quelquefois agité par ses querelles avec leministre Decrès, ne se logeât pas à Boulogne, mais sur la fa-laise même, sur une hauteur d’où l’on apercevait le port, larade et les camps. On avait construit là une baraque bien cal-feutrée , dans laquelle cet homme si regrettable achevait savie, en ayant sans cesse devant lui toutes les parties de lavaste création à laquelle il présidait. 11 s’était résigné à cettedemeure périlleuse pour sa défaillante existence, afin de sa-tisfaire l’inquiète vigilance du chef du gouvernement \ Le Pre-

1 Voici un extrait de la correspondance du ministre Decrès, qui prouve ledévouement de l'amiral Bruix à l’entreprise, et peint bien la nature de son ca-ractère. Seulement ses souffrances étaient moins imaginaires que ne le dit leministre Decrès, car il mourut l’année suivante.

Boulogne, 7janvirer 1804.

Le ministre de la marine et des colonies au Premier Consul.

Citoyen Consul,

L’amiral Bruix ne s'était point dissimulé votre mécontentement, et il m’aparu très-soulagé de me trouver la disposition d’en parler de confiance aveclui. Il voit toujours le general Latouche aux portes de Boulogne , et cetteidée ne lui est rien moins qu’agréable.

Cette affaire-ci est si grande et si importante, m'a-t-il dit fort noblement,qu’elle ne peut être confiée qu'à l’homme que le Premier Consul en croira le