Band 
[Vol. 2.]
Seite
382
JPEG-Download
 

382

LIVRE XVIII.

Août 1803.

Gravesinquiétudesconçuesen Angleterre,lorsque

les préparatifsfaits

à Boulognecommencèrentà être mieuxconnus.

Usées, grâce à beaucoup de malheurs et de fautes ; mais on vavoir que, pendant plusieurs années, des dangers infinimentgraves menacèrent l’existence même de la Grande-Bretagne.

La confiance des Anglais s’évanouit bientôt à l’aspect despréparatifs qui se faisaient sur la côte de Boulogne. On en-tendit parler de mille à douze cents bateaux plats ( on igno-rait qu’ils passeraient deux mille); on fut surpris; néanmoinson se rassura, en doutant de leur réunion, en doutant surtoutde la possibilité de les abriter dans les ports de la Manche.Mais la concentration de ces bateaux plats dans le détroit deCalais, opérée malgré les nombreuses croisières anglaises,leur bonne tenue à la mer et au feu, la construction de vastesbassins pour les recevoir, l’établissement de batteries formi-dables pour les protéger au mouillage, la réunion de cent cin-quante mille hommes prêts à s’y embarquer, faisaient tomber,une à une, les illusions d’une sécurité présomptueuse. Onvoyait bien que do tels préparatifs ne pouvaient être unefeinte, et qu’on avait provoqué trop légèrement le plus auda-cieux, le plus habile des hommes. Il y avait, il est vrai, devieux Anglais, confiants dans l’inviolabilité de leur île, qui necroyaient point au péril dont on les menaçait ; mais le gou-vernement et les chefs de parti ne pensaient pas que, dans ledoute, on pût livrer au hasard la sûreté du sol britannique.Vingt, trente mille Français, quelque braves, quelque biencommandés qu’ils fussent, ne les auraient pas effrayés : maiscent cinquante mille hommes, ayant à leur tête le généralBonaparte, causaient un frisson de terreur dans toutes lesclasses de la nation. Et ce n’était pas là une preuve de manquede courage, car le plus brave peuple du monde aurait bienpu être inquiet en présence d’une armée qui avait accomplide si grandes choses, et qui allait en accomplir de si grandesencore.

Une circonstance ajoutait à la gravité de cette situation,c’était l’immobilité des puissances continentales. L’Autriche ne