Band 
[Vol. 2.]
Seite
414
JPEG-Download
 

414

LIVRE XVIII.

janv. 1601. Ce maladroit et coupable diplomate, qui avait le double tortde compromettre les fonctions les plus sacrées, et de faire sigauchement la police, recevait tous ces détails avec une avi-dité extrême, en demandait de nouveaux, surtout relative-ment à l’expédition qui se préparait à Boulogne, annonçaitqu’il allait en référer à son gouvernement pour ce qui regar-dait le portefeuille noir, dont on exigeait un prix si élevé ; etquant aux autres menées dont on désirait être informé pourne pas se croiser les uns les autres, il disait qu’il n’en étaitpas instruit (ce qui était vrai); mais qu’il fallait, si on se ren-contrait, se serrer, tendre tous ensemble au même but; car,

faudrait donc que l'huissier disparût. Dans ce portefeuille doit être tout ceque le Premier Consul a écrit depuis plusieurs années, car ce portefeuille estle seul qui voyage constamment avec lui, et qui va sans cesse de Paris àMalmaison et à Saint-Cloud.Toutes les notes secrètes des opérations mili-taires doivent s’y trouver, et, puisque l’on ne peut arriver à détruire sonautorité qu’en confondant ses projets, on ne doute pas que la soustraction dece portefeuille ne les confondît tous.

Au grand juge.

Paris, 3 pluviôse an xii (24 janvier 1604).

Les lettres de Drake paraissent fort importantes. Je désirerais que Méhée.dans son prochain bulletin, dît que le comité avait été dans la plus grande joiede la pensée que Bonaparte voulait s’embarquer à Boulogne, mais qu’on aaujourd’hui la certitude que les démonstrations de Boulogne sont de faussesdémonstrations, qui, quoique coûteuses, le sont beaucoup moins qu’elles ne leparaissent au premier coup d’œil.... que tous les bâtiments de la flottille pour-ront être utilisés pour des usages ordinaires; que ce soin fait voir que cespréparatifs ne sont que des menaces, et que ce n’est pas un établissement fixequ’on voudrait conserver.

Qu’il ne fallait point se le dissimuler, que le Premier Consul était trop ruséet se croyait trop bien établi aujourd’hui pour tenter une opération douteuseoh une masse de force serait compromise. Son véritable projet, autant qu'onen peut juger par ses relations extérieures, est l’expédition de l’Irlande, qui seferait à la fois par l’escadre de Brest et l’escadre du Texel....

L'on ne dit rien sur l’expédition du Texel, quoiqu’on sache qu’elle est prête ,et on fait beaucoup de bruit des camps de Saint-Omer, d’Ostende, de Fles-singue. La grande quantité de troupes réunies en forme de camps a un butpolitique. Bonaparte est bien aise de les avoir sous la main, et de les tenirarmées en guerre, et de faire un quart de conversion pour retomber sur l’Alle-magne, s’il croit nécessaire à ses projets de faire la guerre continentale.