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LIVRE XVIII.
Fév. 1804
Attitudedu PremierConsul enapprenant laparticipationde Moreau àla conjuration.
Il veut,avant d’agircontre lui, queIn présence dePichegru soitconstatée.
Ainsi, du milieu d’un suicide interrompu, sortait contre Mo-reau une dénonciation terrible ; dénonciation fort exagérée parle désespoir, mais présentant cependant l’ensemble du com-plot. M. Réal, stupéfait, courut aux Tuileries. 11 trouva, commed’usage, le Premier Consul s’arrachant de bonne heure ausommeil, pour se livrer au travail. Le Premier Consul étaitencore dans les mains de son valet de chambre Constant, lors-qu’aux premiers mots de M. Réal, il lui mit la main sur labouche, le fit taire, et s’enferma seul avec lui pour entendreson récit. Il ne parut point étonné. Cependant il refusa de croireentièrement à la déclaration qui concernait Moreau. Il com-prenait très-bien ce projet de réunir tous les partis contre lui,d’employer Pichegru comme intermédiaire entre les royalisteset les républicains; mais, pour croire à la culpabilité de Mo-reau , il voulait que la présence de Pichegru à Paris fût bienconstatée. Si de nouvelles révélations levaient tous les doutesà cet égard, le lien entre les royalistes et Moreau se trouvaitétabli, et on pouvait aller droit à celui-ci. Du reste, il ne lui
Il leur propose (le travailler pour lui et de se faire nommer dictateur.
L’accusation que je porte contre lui n’est appuyée peut-être que de demi-preuves.
Voici les faits; c’est à vous de les apprécier.
Un général qui a servi sous les ordres de Moreau, Lajolais, est envoyé parlui auprès du prince à Londres ; Pichegru était l’intermédiaire: Lajolais ad-hère, au nom et de la part de Moreau, aux points principaux du plan proposé.
Le prince prépare son départ; le nombre des royalistes en France estaugmenté, et dans les conférences qui ont lieu à Paris entre Moreau, Pichegruet Georges, le premier manifeste ses intentions, et déclare ne pouvoir agir quepour un dictateur et non pour un roi.
De là, l’hésitation, la dissension et la perte presque totale du parti royaliste.
Lajolais était auprès du prince au commencement de janvier de cette année,comme je l’ai appris par Georges.
Mais ce que j’ai vu, c’est, le dix-sept janvier, son arrivée à la Poterie, lelendemain de son débarquement avec Pichegru, par la voie de notre corres-pondance, que vous ne connaissez que trop.
J’ai vu encore le meme Lajolais, le vingt-cinq ou le vingt-six de janvier,lorsqu’il vint prendre Georges et Pichegru à la voiture où j’étais avec eux,boulevard de la Madeleine, pour les conduire à Moreau, qui les attendait à