424
LIVRE XVIII.
Fëv. 1604. un conseil de guerre, composé de ce qu’il y aurait de plusélevé dans l’armée. Les lois existantes en fournissaient lemoyen. Le Premier Consul s’y opposa \ — On dirait, ajouta-t-il, que j’ai voulu me débarrasser de Moreau, et le faire assas-siner juridiquement par mes propres créatures. — Il cherchadonc un moyen terme. En conséquence on imagina d’en-voyer Moreau devant le tribunal criminel de la Seine; maisla constitution permettant de suspendre le jury dans certainscas, et dans l’étendue de certains départements, on décidaque cette suspension serait prononcée immédiatement pour ledépartement de la Seine. C’était une faute, dont le principeétait honorable. Le public envisagea la suspension du jurycomme un acte aussi rigoureux qu’aurait pu l'être l’envoidevant une commission militaire ; et, sans se donner le mérited’avoir respecté les formes de la justice, on s’en donna tousles inconvénients, comme on le verra bientôt. Il fut résolu,en outre, que le grand-juge Régnier rédigerait un rapport surle complot qu’on venait de découvrir, sur les motifs de l’ar-restation de Moreau, et que ce rapport serait communiqué auSénat, au Corps Législatif, au Tribunat.
Ce conseil avait duré toute la nuit. Dès le matin ( 15février),on envoya un détachement de gendarmes d’élite, avec desofficiers de justice, à la demeure qu’habitait Moreau. On nel’y trouva pas, et on partit pour Grosbois. On le rencontra aupont de Charenton, revenant à Paris. Il fut arrêté sans éclat,avec beaucoup d’égards, et conduit au Temple. En mêmetemps que lui furent arrêtés Lajolais, et les employés des vi-vres, qui avaient servi d’intermédiaires.daifsSè’iîuwic I jC message contenant le rapport de Régnier fut porté danspa ( ïe Moreau™ m ^ me journée au Sénat, au Corps Législatif et au Tribunat.
Il y produisit un étonnement douloureux chez les amis dugouvernement, et une sorte de joie malicieuse chez ses enne-
1 Je répète ici le témoignage de M. Cambacérès lui-même.