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LIVRE XVIII.
Mars 1804. flattait cette colère, qui, dans le moment, n’avait pas besoind’être flattée pour devenir redoutable, peut-être cruelle.
Cette idée de porter tout le châtiment sur les royalistesseuls, pour ne montrer que clémence aux révolutionnaires,était si enracinée alors dans l’esprit du Premier Consul, qu’ilessaya pour Pichegru ce qu’il avait voulu faire pour Moreau.
Grâce offerte Une pitié profonde l’avait saisi en pensant à la situation af-
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à Pichcgm. freuse de ce général illustre, associé à des chouans, exposéà perdre devant un tribunal non-seulement la vie, mais lesderniers restes de son honneur. — Belle fin, dit-il à M. Réal,belle fin pour le vainqueur de la Hollande ! Mais il ne faut pasque les hommes de la Révolution se dévorent entre eux. Il ya long-temps que je songe à Cayenne; c’est le plus beau paysde la terre pour y fonder une colonie. Pichegru y a été pros-crit, il le connaît; il est de tous nos généraux le plus capabled’y créer un grand établissement. Allez le trouver dans saprison, dites-lui que je lui pardonne, que ce n’est ni à lui,ni à Moreau, ni à ses pareils, que je veux faire sentir les ri-gueurs de la justice. Demandez-lui combien il faut d’hommeset de millions pour fonder une colonie à Cayenne ; je les luidonnerai, et il ira refaire sa gloire, en rendant des servicesà la France. —
M. Réal porta dans la prison de Pichegru ces nobles paroles.Quand celui-ci les entendit, il refusa d’abord d’y croire; ilimagina qu’on voulait le séduire pour l’engager à trahir sescompagnons d’infortune. Bientôt, convaincu par l’insistancede M. Réal, qui ne lui demandait aucune révélation, puisqu’onsavait tout, il s’émut : son âme fermée s’ouvrit, il versa deslarmes, et parla longuement de Cayenne. Il avoua que, parune singulière prévision, il avait souvent, dans son exil, songéà ce qu’on pourrait y faire, et préparé même des projets.On verra bientôt par quelle fatale rencontre les généreusesintentions du Premier Consul n’eurent pour effet qu’une dé-plorable catastrophe.