Band 
[Vol. 2.]
Seite
448
JPEG-Download
 

448

LIVRE XVIII.

Mars 1804 à Ettenheim. Le prince y vivait depuis quelque temps auprèsd’une princesse de Rohan, à laquelle il était fort attaché, par-tageant son temps entre cette affection et le goût de la chasse,qu’il satisfaisait dans la Forêt-Noire. Il avait reçu ordre ducabinet britannique de se rendre aux bords du Rhin, sansdoute dans la prévision du mouvement dont MM. Drake, Smithet Taylor donnaient la fausse espérance à leur gouvernement.Ce prince croyait avoir à faire prochainement la guerre contreson pays, déplorable rôle qui avait déjà été le sien pendantplusieurs années. Mais rien ne prouve qu’il connut le complotde Georges. Tout porte à croire, au contraire, qu’il l’ignorait.Il s’absentait souvent pour aller à la chasse, et même, disaientquelques personnes, pour assister au spectacle à Strasbourg.Il est certain que ce bruit avait reçu assez de consistance,pour que son père lui écrivît de Londres, et lui donnât l’avisd’être plus prudent, en termes assez sévères '. Ce princeavait auprès de lui quelques émigrés attachés à sa personne,notamment un certain marquis de Thumery.

Le sous-officier envoyé pour prendre des renseignementsarriva déguisé, et se fit donner, .dans la maison même du

1

Le prince de Condé au duc d’Enghien.

Wanstead, le 16 juin 1803.

Mon cher enfant,

On assure ici, depuis plus de six mois, que vous avez été faire un voyage àParis; d’autres disent que vous n’avez été qu’à Strasbourg. II faut convenirque c’était un peu inutilement risquer votre vie et votre liberté : car, pour vosprincipes, je suis très-tranquille de ce côté-là; ils sont aussi profondémentgravés dans votre cœur que dans les nôtres. II me semble qu’à présent vouspourriez nous confier le passé, et, si la chose est vraie, ce que vous avez ob-servé dans vos voyages.

A propos de votre santé, qui nous est si chère à tant de titres, je vous aimandé, il est vrai, que la position où vous êtes pourrait être très-utile àbeaucoup d’égard. Mais vous êtes bien près : prenez garde à vous, et nenégligez aucune précaution pour être averti à temps et faire votre retraiteen sûreté, au cas qu’il passât par la tête du Consul de vous faire enlever.

N’allez pas croire qu’il y ait du courage à tout braver à cet égard.

Signé : Louis-Joseph de Bourbon.