Band 
[Vol. 2.]
Seite
457
JPEG-Download
 

CONSPIRATION DE GEORGES.

451

Le malheureux prince partit le 18 mars de Strasbourg, ar-riva le 20 à Paris, vers midi. Il fut retenu jusqu’à cinq heuresà la barrière de Charenton, gardé dans sa voiture par l’es-corte qui l’accompagnait \ Il y avait en cette fatale occurrencequoique confusion dans les ordres, parce qu’il y avait quelqueagitation dans ceux qui les donnaient.

D’après les lois militaires, le commandant de la divisiondevait former la commission, la réunir, et ordonner l’exécu-tion de la sentence. Murat était commandant de Paris et de ladivision. Quand l’arrêté des Consuls lui parvint, il fut saisi dedouleur. Murat, comme nous l’avons dit, était brave, quelque-fois irréfléchi, mais parfaitement bon. II avait applaudi, quel-ques jours auparavant, à la vigueur du gouvernement, quandon avait ordonné l’expédition d’Ettenheim ; mais, chargé main-tenant d’en poursuivre les cruelles conséquences, son excel-lent cœur faillit. Il dit avec désespoir à un de ses amis, enmontrant les basques de son uniforme, que le Premier Consuly voulait imprimer une tache de sang. Il courut à Saint-Cloud,exprimer à son redoutable beau-frère les sentiments dont ilétait pénétré. Le Premier Consul, qui lui-méme était plus en-clin à les partager qu’il n’aurait voulu, cacha sous un visagede fer l’agitation dont il était secrètement atteint. Il craignaitque son gouvernement ne parût faiblir devant le rejeton d’unerace ennemie. Il adressa de dures paroles à Murat, lui re-procha sa faiblesse, qu’il qualifia en termes méprisants, et finitpar lui dire, avec hauteur, qu’il couvrirait ce qu’il appelait salâcheté, en signant lui-méme de sa main consulaire les ordresà donner dans la journée.

1 II vient de paraître un écrit excellent, sur la catastrophe du ducd’Enghien, par M. Nougarède de Fayet. Les recherches consciencieuses etpleines de sagacité qui distinguent ce morceau d’histoire spéciale, doivent luimériter la plus grande confiance. M. Nougarède de Fayet dit que le prince futconduit à la porte du ministère des affaires étrangères. 11 est possible que cefait soit exact, mais n’ayant pu le constater d'une manière certaine, j'ai admisla tradition la pins générale.

Mars 1804.

Douleuret résistancede Murat.