Band 
[Vol. 2.]
Seite
462
JPEG-Download
 

462

LIVRE XVIII.

Mars 1804.

Parolesdu PremierConsulsur la mortdu ducd’Enghien.

sence provoqua une scène de douleur. Madame Bonaparte, onle voyant, devina que tout était fini, et se mit à verser deslarmes. M. do Caulaincourt poussait des cris de désespoir, endisant qu’on avait voulu le déshonorer. Le colonel Savary pé-nétra dans le cabinet du Premier Consul, qui était seul avecM. de Meneval. 11 lui rendit compte de ce qui avait été fait àYincennes. Le Premier Consul lui dit tout de suite : Béal a-t-ilvu le prisonnier? — Le colonel avait à peine achevé sa ré-ponse négative, que M. Réal parut, et s’excusa en tremblantde l’inexécution des ordres qu’il avait reçus. Sans exprimerni approbation ni blâme, le Premier Consul congédia cesinstruments de ses volontés, s’enferma dans une pièce desa bibliothèque, et y demeura seul pendant plusieurs heures.

Le soir, quelques personnes de sa famille dînaient à la Mal-maison. Les visages étaient graves et tristes. On n’osait pointparler, on no parla point. Le Premier Consul était silencieuxcomme tout le monde. Ce silence finit par être embarrassant.En sortant de table, il le rompit lui-même. M. de Fontanesétant arrivé dans le moment, devint le seul interlocuteur duPremier Consul. 11 était épouvanté de l’acte dont le bruit rem-plissait Paris, mais il ne se serait pas permis d’en dire sonsentiment, dans le lieu où il se trouvait. 11 écouta beaucoup,et répondit rarement. Le Premier Consul parlant presque tou-jours, et cherchant à remplir le vide laissé par le silence desassistants, discourut sur les princes de tous les temps, sur lesempereurs romains, sur les rois de France, sur Tacite, sur lesjugements de cet historien, sur les cruautés qu’on prête sou-vent aux chefs d’empire quand ils n’ont cédé qu’à des néces-sités inévitables; enfin, arrivant par de longs détours autragique sujet de la journée, il prononça ces paroles : On veutdétruire la Révolution en s’attaquant à ma personne : je ladéfendrai, car je suis la Révolution, moi, moi... On y regar-dera 5 partir d’aujourd'hui, car on saura de quoi nous sommescapables. —