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LIVRE XVIII.
Mars 1804. dinaire, d’un esprit si grand, si juste, d’un cœur si généreux,était naguère encore plein de sévérité pour les révolution-naires et pour leurs excès I II jugeait leurs égarements sansaucune indulgence, quelquefois même sans aucune justice. 11leur reprochait amèrement d’avoir versé le sang de Louis XVI,déshonoré la Révolution, rendu la France inconciliable avecl’Europe! Il jugeait ainsi dans le calme de sa raison : et toutà coup, quand ses passions avaient été excitées, il avait égalé,en un instant, l’acte commis sur la personne de Louis XVI,qu’il reprochait si amèrement à ses devanciers, et s’était placéà l’égard de l’Europe dans un état d’opposition morale, quirendit bientôt la guerre générale inévitable, et l’obligea d’allerchercher la paix, paix magnifique il est vrai, aux extrémitésde l’Europe, à Tilsitt !
Combien de tels spectacles sont propres à confondre l’or-gueil de la raison humaine, et à enseigner que le plus trans-cendant génie ne sauve pas des fautes les plus vulgaires,quand on abandonne aux passions, même pour un seul ins-tant , le gouvernement de soi-même !
Mais, pour être tout à fait justes, après avoir déploré ce fu-neste égarement des passions, remontons à ceux qui le pro-voquèrent. Quels furent-ils? Toujours ces mêmes émigrés, qui,après avoir irrité la Révolution innocente encore, quittèrentleur patrie, pour chercher en tous lieux des ennemis à laFrance. Cette Révolution, revenue de ses égarements, etconduite par un grand homme, se montrait maintenant sage,humaine et pacifique. Ces émigrés, elle les avait rappelés,réintégrés dans leur patrie, dans leurs biens, et se préparaità leur rendre tout l’éclat de leur ancienne situation. Commentrépondaient-ils à tant de clémence? Étaient-ils reconnaissants,paisibles au moins? Non. Ils étaient allés chez une nationvoisine, jalouse de notre grandeur, et ils s’étaient servis deslibertés de celte nation pour les tourner contre la France. Àforce d’indignes pamphlets, ils avaient irrité l’orgueil de deux