134
LIVRE XXV.
Octob. Ié06*
Marchesur Berlin.
manquait, accrus des hommes rétablis, et dirigés sur leursrégiments. Enfin, à ces mêmes dépôts, mais surtout à celuide Wittenberg, Napoléon ordonna d’envoyer l’immense quan-tité de beaux chevaux qu’on ramassait de toutes parts en Alle-magne. Il prescrivit à tous les régiments de cavalerie de lestraverser à leur tour, afin de s’y remonter. Même ordre futdonné aux dragons venus de France à pied. Ils devaient trou-ver là les chevaux qu’ils n’avaient pas pu se procurer enFrance. Ainsi Napoléon concentrait sur ces. points, dans unasile bien défendu, toutes les ressources du pays conquis,qu’il avait l’art d’enlever à l’ennemi, et d’appliquer à son pro-pre usage. Victorieux et marchant en avant, c’étaient desrelais, abondamment fournis de vivres, de munitions, de maté-riel , et placés sur la route des corps qui venaient renforcerl’armée. Réduit à se retirer, c’étaient des appuis et des moyensde se refaire, placés sur la ligne de retraite.
Après avoir tout vu, tout ordonné lui-même, Napoléonquitta Wittenberg, et s’achemina sur Berlin. La destinée vou-lait que, dans l’espace d’une année, il eût visité en vainqueurBerlin et Vienne. Le roi de Prusse, qui lui avait écrit pourdemander la paix, lui envoya M. de Lucchesini, afin de négo-cier un armistice. Napoléon ne reçut point M. de Lucchesini,et confia au maréchal Duroc le soin de faire au ministre duroiFrédériô-Guillaume la réponse commandée par les circons-tances. C’était en effet donner aux Russes le temps de secourirles Prussiens, que d’accorder un armistice. Cette raison mili-taire ne permettait pas de réplique, à moins qu’on ne se présen-tât avec les pouvoirs formels de la Russie et de la Prusse,pour traiter immédiatement de la paix, aux conditions que Na-poléon était en droit d’imposer après ses dernières victoires.
Il expédia donc à tous ses corps l’ordre de marcher surBerlin. Le maréchal Davout dut partir de Wittenberg, par laroute directe de Wittenberg à Berlin, celle de Jüterbock (voirlà carte n° 36), Lannes et Augereau par celle de Treuen-