FRIEDLAND ET TILSIT.
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ils l’un à l’autre, en commençant cet entretien. Napoléon, en juin 1807.effet, ne poursuivait dans laRussie qu’un allié de l’Angleterre,et la Russie, de son côté, bien que justement inquiète de ladomination continentale de la France, servait les intérêts del’Angleterre beaucoup plus que les siens, en s’acharnant danscette lutte autant qu’elle venait de le faire. — Si vous en vou-lez à l’Angleterre, et rien qu’à elle, dit Alexandre à Napoléon,nous serons facilement d’accord, car j’ai à m’en plaindre au-tant que vous. — Il raconta alors ses griefs contre la Grande-Rretagne, l’avarice, l’égoïsme dont elle avait fait preuve, lesfausses promesses dont elle l’avait leurré, l’abandon danslequel elle l’avait laissé, et tout ce que lui inspirait enfin leressentiment d’une guerre malheureuse, qu’il avait été obligéde soutenir avec ses seules forces. Napoléon cherchant quels Premier
*■ * entretien entre
étaient chez son interlocuteur les sentiments qu’il fallait flatter,s’aperçut bien vite que deux surtout le dominaient actuelle- su d r unient : d’abord une humeur profonde contre des alliés, ou
et je dois dire que le ton de sincérité de cette correspondance les honore tonsles deux. Craignant de substituer leur jugement à celui de Napoléon, et vou-lant le mettre en mesure de juger par lui-même, ils prirent l’habitude dejoindre à leurs dépêches un procès-verbal, par demandes et par réponses,deleurs conversations intimes avec Alexandre. L'un et l’autre le voyaienpresque tous les jours en tête-à-tête, dans la plus grande familiarité, et, enrapportant mot pour mot ce qu’il disait, ils en ont tracé, sans y prétendre, leportrait le plus intéressant et certainement le plus vrai. Beaucoup de gens,et notamment beaucoup de Russes, pour excuser Alexandre de son intimitéavec Napoléon, mettent cette intimité sur le compte de la politique, et, lefaisant plus profond qu’il ne fut, disent qu’il trompait Napoléon. Cette singu-lière excuse ne serait pas même essayée, si on avait lu la correspondancedont il s’agit. Alexandre était dissimulé, mais il était impressionnable, et dansces entretiens on le voit s’échapper sans cesse à lui-même, et dire tout ceIhil pense. Il est certain qu’il s’attacha quelque temps, non pas à la personnede Napoléon, qui lui inspira toujours une certaine appréhension, mais à saPolitique, et qu’il la servit très-activement. Il avait conçu une ambition fortn aturelle, que Napoléon laissa naître, qu’il flatta quelque temps, et qu’il finitPar décevoir. C’est alors qu’Alexandre se détacha delà France, s’en détachaav ant de l’avouer, ce qui constitua pour un moment la fausseté dont les Rus-* es lui font honneur, mais ce qui n’en était presque pas une, tant il étaitacile de discerner dans son langage et dans ses mouvements involontaires,