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LIVRE XXVII.
pesants comme la Prusse, ou égoïstes comme l’Angleterre, etensuite un orgueil très-sensible, et très-humilié. Il s’attacha doncà prouver au jeune Alexandre qu’il avait été dupe de ses alliés,et en outre qu’il s’était conduit avec noblesse et courage. Il s’effor-ça de lui persuader que la Russie se trompait en voulant patro-ner des voisins ingrats et jaloux comme les Allemands, et servirles intérêts de marchands avides comme les Anglais. Il attri-bua cette erreur à des sentiments généreux poussés à l’excès,à des malentendus que des ministres, inhabiles ou corrom-pus, avaient fait naître. Enfin il vanta singulièrement la bra-voure des soldats russes, et dit à l’empereur Alexandre qu’onpouvait, en réunissant les deux armées qui avaient si vaillam-ment lutté l’une contre l’autre, à Austerlitz, à Eylau, à Fried-land, mais qui toutes deux s’étaient comportées dans ces jour-nées en vrais géants, combattant un bandeau sur les yeux,qu’on pouvait maîtriser le monde, le maîtriser pour son bienet pour son repos. Puis, mais très-discrètement, il lui insinuaqu’en faisant la guerre contre la France, c’était sans dédom-
le changement de ses dispositions. J'anticiperais sur le récit des temps ulté-rieurs, si je disais ici quelle fut cette ambition d'Alexandre, que Napoléonllatta, et qu'il finit par ne pas satisfaire. Ce que je dois dire en ce moment,c’est comment la longue suite des entretiens d’Alexandre avec MM. de Savaryet de Caulainconrt, a pu me servir à éclaircir le mystère de Tilsit. Voicicomment j’y suis-parvenu. Alexandre plein du souvenir de Tilsit, rappelaitsans cesse à MM. de Savary et de Caulaincourt tout ce qui s'était fait et ditdans cette célèbre entrevue, et racontait souvent les conversations de Napo-léon, les propos tour à tour profonds ou piquants recueillis de sa bouche, le»promesses surtout qu’il disait en avoir reçus. Tout cela fidèlement transcritle jour même, était mandé à Napoléon, qui contestait quelquefois, d’autre»fois admettait visiblement, comme ne pouvant pas être contesté, ce qu’on 1»*rappelait. C’est dans la reproduction contradictoire de ces souvenirs, qaej’* 1puisé les détails que je vais fournir, et dont l'authenticité ne saurait êtremise en doute. J’ai obtenu en outre d’une source étrangère, également authen-tique et officielle, la communication de dépêches fort curieuses, contenantles épanchements de la reine de Prusse, îi son retour de Tilsit, nvec un an-cien diplomate, digne de sa confiance et de son amitié. C’est à l’aide de cesdivers matériaux que j’ai composé le tableau qu’on va lire, et que je crois I eseul vrai, entre tous ceux qu’on a tracés des scènes mémorables de Tilsit