FRIEDLAND ET TILSIT.
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mença bientôt sa marche victorieuse, entra en Saxe, surprit 1807l’armée prussienne en retraite, la brisa d’un seul coup à Iéna,la suivit sans relâche, la déborda, la prit jusqu’au dernierhomme aux bords de la Baltique ; ciette armée qui, détournéedu nord à l’est, courut au-devant des Russes, les rejeta sur laPrégel, ne s’arrêta que parce que des boues impraticables laretinrent, donna alors le spectacle inouï d’une armée françaisecampée tranquillement sur là Yistule, puis troublée tout à coupau milieu de ses quartiers, en sortit pour punir les Russes, lesatteignit à Eylau, leur livra, quoique mourante de froid et defaim, une bataille sanglante, revint après cette bataille dansses quartiers, et là campée de nouveau sur la neige, de ma-nière que son repos seul couvrait un grand siège, nourrie, re-crutée pendant un long hiver à des distances où toute admi-nistration succombe, reprit les armes au printemps, et cettefois, la nature aidant le génie, se plaça entre les Russes et leurbase d’opération, les réduisit, pour regagner Kœnigsberg, àpasser une rivière devant elle, les y précipita à Friedland,termina ainsi par une victoire immortelle, et aux bords mêmedu Niémen, la course la plus longue , la plus audacieuse, non 'à travers la Perse ou l’Inde sans défense, comme l’armée d’A-lexandre , mais à travers l’Europe couverte de soldats aussidisciplinés que braves, voilà ce qui est sans exemple dansl’histoire des siècles, voilà ce qui est digne de l’éternelle ad-miration des hommes, voilà ce qui réunit toutes les qualités,la promptitude et la lenteur, l’audace et la sagesse, l’art descombats et l’art des marches, le génie de la guerre et celui del’administration, et ces choses si diverses, si rarement unies,toujours à propos, toujours au moment où il les faut, pour as-surer le succès! Chacun se demandera comment on pouvaitdéployer tant de prudence dans la guerre, si peu dans la po-étique! Et la réponse sera facile, c’est que Napoléon fit la :guerre avec son génie, la politique avec ses pass ions. _