40
LIVRE XXVIII.
Juillet 1807.
État
des coloniesfrançaisespendantla guerre.
» loisir de se réparer à neuf et tranquillement dans un port. »Malheureusement nous n’avions plus de ports, ou ceuxque nous avions étaient mal approvisionnés. Nous en pos-sédions à la vérité un excellent, incomparable pour sesavantages, dans la mer des Indes : c’était celui de l’ile deFrance, qui, à l’époque de la guerre d’Amérique, avaitservi de base d’opérations au bailli de Suffren pendant sabelle campagne de l’Inde. Mais au milieu des désordres de larévolution et des difficultés de la guerre continentale, onn’avait pu l’approvisionner en munitions navales. Le cap deBonne-Espérance, qui appartenait à des alliés, ne pouvaitêtre approvisionné comme un port national, et venait d’ail-leurs d’être pris. Sur la côte du Brésil, nous n’avions rienqu’un port neutre, et presque ennemi, puisqu’il était portugais,celui de San-Salvador. Enfin aux Antilles, nous étions maîtresde la magnifique rade du Fort-Royal, l’une des plus vastes,des plus sûres du monde ; mais la Martinique était complète-ment dépourvue de munitions navales, et, sous le rapportdes vivres, elle avait plutôt besoin que nos flottes y versassentune partie de leur biscuit pour les troupes de la garnison,qu’elle n’était en mesure de leur restituer les vivres consom-més en mer. Avec quatre relâches bien pourvues, une auxAntilles, une à la côte du Brésil, une au cap de Bonne-Espérance, une dans l’Inde, nous aurions pu tenir les mersavantageusement. Mais, privés de ces ressources, nous nepouvions y paraître qu’en fugitifs, toujours pressés, toujourscraignant une rencontre, et ayant contre nous, outre l eSchances du petit nombre, toutes celles d’un équipement infé-rieur et insuffisant. C’étaient là les suites de longs bouleverse-ments intérieurs, et de guerres extérieures inouïes par leurgrandeur, leur durée et leur acharnement.
Napoléon, qui n’était pas facile à décourager, et qui pensaitque, malgré beaucoup d’accidents fâcheux, ces dernières ex-péditions avaient causé de grands dommages au commerce